La voie du Non Attachement, pratique de la méditation profonde – R Dhiravamsa

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    Le monde est actuellement dans le désordre et l’agitation. Il aurait un urgent besoin de paix, d’amour et de compréhension. Mais, le monde étant une vaste communauté, ces qualités ne lui seront données que si chacun de nous les cultive dans ses relations, c’est-à-dire s’il met la paix en son esprit, l’amour en son cœur et la compréhension au tréfonds de son être. C’est cela notre tâche primordiale. Il est capital que nous en prenions conscience, au lieu d’en simplement parler ou d’écrire des livres sur le sujet.
Selon le point de vue bouddhique, le rôle de |’éducation est d’épanouir ce qui est en nous. Et il y a beaucoup en nous. Comme vous le savez, l’homme à sa naissance vit dans un état d’harmonie
inconsciente. Plus tard, quand il la perd, il cherche à la retrouver, en vain. La raison de son échec est simple, c’est parce qu’il ne fait que conceptualiser l »harmonie. L’intellect crée la dichotomie, la séparation intérieure et, par-là, chasse toute possibilité d’harmonie. Pour réaliser l’harmonie, il nous faut transcender l’intellect.
`    Êtes-vous satisfaits de votre compréhension intellectuelle ou cherchez-vous une compréhension plus profonde, plus dynamique ? Cette question est primordiale car la vie n’est jamais statique, elle est toujours en mouvement.
Le Bouddha l’a comparée à un torrent de montagne qui devient rivière puis se confond avec la mer. Il n’est pas dans sa nature de devenir plus étroit ou moins profond. Ainsi, notre vie doit-elle couler jusqu’au jour où elle aura rejoint les profondeurs de l’être. Là son flot tarit.
La cessation du cours est appelée Nirvana (nibannà) ou extinction de tous les états conditionnés.
Sans le flot des conditions, il n’y a plus de cours, c’est tout à fait normal…
Comment devient-on intelligent ? Surement pas en s’occupant d’objets, de connaissances et de croyances, et en emprisonnant l’esprit dans ces limites. Pour devenir intelligent, il faut être
libre d’examiner et d’observer les mécanismes de l’esprit et quand vous êtes en état d’observation, vous voyez comment l’esprit crée des problèmes inutiles.
Toute souffrance est le résultat de ses inventions et réactions.
Il est rempli d’éléments destructifs, qui
l’alourdissent et le rendent stupide et qui, étant pour la plupart tapis dans les profondeurs de l’inconscient, influent sur nous à notre insu.

Parmi les buts primordiaux du bouddhisme, citons la libération de l’esprit de la bêtise et de l’ignorance. Et cela
n’est pas réalisable en simplement se disant « je vais libérer mon
esprit »
. L’intention seule est infructueuse, en ce qu’elle procède de l’idée, non de l’action.
Peut-être voulez-vous la réaliser, mais ne savez pas ce qui vous en empêche. Il vous faut le découvrir, sans quoi la frustration, le désappointement et le désarroi risquent de vous gagner.
La question qui se pose à ce stade est sans doute de savoir comment on peut mettre un terme à l’activité négative de l’esprit.
Quoique cela ne soit ni facile ni promptement réalisable, c’est
cependant une tâche attendant l’humanité tout entière pour la mener à bien, il faut devenir pleinement conscient de la manière dont l’esprit crée la souffrance, de ses détours et ruses ; comprendre l’esprit dans toute son étendue et, pour cela, explorer aussi l’inconscient où se cachent ses tendances et conditions profondes…
Malheureusement il se trouve que la plupart d’entre nous ont besoin d’espoir pour vivre. Comment les êtres
réalisés s’en passent-ils?
Parce qu’ils vivent une vie authentique, se déroulant et s’accomplissant dans le présent, où il n’y a ni espoir ni peur du futur. Ce n’est que dans le présent qu’on atteint à la parfaite clarté d’esprit,
qui est un facteur de plénitude et une des meilleures caractéristiques de l’être libéré.

Quand votre esprit est clair et que vous êtes sensitifs, tant à l’égard de vous-mêmes que du monde extérieur, la compréhension et l’amour se développent et, avec eux, l’action juste et le changement radical. Nul n’est besoin de faire des projets ou de nourrir des espoirs.
L’espoir, c’est une projection d’idées dans le futur, créant un espace entre nous et I’action du présent,
lequel devient l’empêchement à l’action. En nous nourrissant d’espoirs, nous résistons à ce qui est dans l’instant et fuyons donc ce qui devrait être. Et
cette résistance entrave le cours dynamique de la vie.
Vivre dans le courant dynamique de la vie requiert, outre l’attention, la lucidité et la vigilance. Ces trois
facteurs sont primordiaux.

En quoi le mouvement d’attention, où il y a silence et paix, diffère-t-il de la stagnation, laquelle est une sorte de mort ?
… La stagnation ne s’installe que quand est clos l’accès à I’ intuition.
Quand nous sommes pleinement attentifs, le champ de notre conscience s’élargit
Des empêchements comme l’ignorance et la bêtise étant disparus, notre vision des choses s’approfondit et se purifie….
Avec la compréhension nous travaillons mieux et vivons plus intensément. Les états morbides, comme la frustration et la dépression, que connaissent la plupart des hommes, ne
viennent plus nous troubler. Notre conscience se régénère et cela est primordial. Il nous faut donc avant tout être attentif.
Supposons que vous ayez des problèmes. En portant votre attention sur eux, vous empêchez dans une certaine mesure leur création et, en tout cas, les observez objectivement, avec un
esprit libre de toute idée préconçue et de tout savoir. Et de là vous comprenez la réalité de la situation observée. Alors, et alors seulement vos problèmes disparaissent, d’eux-mêmes. En voulant les résoudre par I’intellect, vous risquez, au contraire, de vous
retrouver devant un choix embarrassant, qui vous jette dans la confusion et le désarroi et, en cela, crée d’autres problèmes.
Étant dans l’incertitude, certains consultent des personnes pleines de savoir et d’expérience. Ce n’est pas ainsi que se lève l’intelligence, elle ne peut le faire que si nous nous
consultons nous mêmes
et trouvons la réponse appropriée pour nous-mêmes avec éventuellement les encouragements d’un instructeur, mais non ses réponses.
L’esprit doit explorer son propre doute, l’observant avec soin, non pour attendre une réponse toute faite donnée par un tiers.
Si vous vous référez à la vie de Bouddha, vous verrez qu’il a dit que les Tathagatas ne peuvent qu’indiquer la
voie. La mission de l’instructeur est d’inspirer la quête à ses adeptes et à trouver la vérité par eux-mêmes.

De même, vous verrez que dans le Kalamasutta le Bouddha exhortait les hommes à s’affranchir de toute obéissance aveugle, même aux textes religieux de son époque.
La dépendance amoindrit la faculté d’intelligence et limite notre liberté d’action.
Le bouddhisme invite chacun à une investigation sérieuse de lui-même et l’encourage à librement découvrir la vérité en toutes choses. Evitons de regarder passer la vie avec indifférence d’accepter ou de rejeter ce que d’autres disent. Le Bouddha voulait qu’on mette
en question jusqu’à ses propres paroles.

    Vous savez certainement que la respiration comporte trois phases : l’inspiration, l’expiration, puis une pause. Sans pause, la respiration ne peut être. Ce mécanisme se répète en toute existence.

    Pour citer les paroles du Bouddha : « il y a d’une part la naissance, d’autre part la mort et, entre les deux, il y a l’existence qui, comparée aux deux autres mouvements, est une sorte de pause. »
Sans la respiration, il n’y a pas de vie. Il importe donc de bien respirer. Mais cela ne signifie pas cultiver l’idée de respiration adéquate.
Quand, dans la méditation vous observez le va-et-vient du souffle, il se régularise de lui-même, et vos inhalations et exhalations deviennent égales et profondes. Certains utilisent
le comptage des respirations, d’abord pour stabiliser leur attention, ensuite comme moyen de pacifier le mental. Si vous aviez à parler devant un large auditoire, peut-être seriez-vous mal à I’aise ? Nombre de conferenciers s’exercent à la respiration profonde et parlent ensuite calmement et avec un débit régulier.
Cela n’est que l’exemple d’un bienfait relatif apporte par un court exercice respiratoire. Car, cette pratique conduit à des résultats bien supérieurs, comme l’arrêt momentané de
toute l’activité mentale
où on est libre des idées et peut atteindre à un état de complète vacuité, ou l’on n’a conscience ni de la respiration, ni du corps, ni de l’esprit.
La respiration n’est pas arrêtée pour autant, simplement elle est devenue parfaitement égale.
   Mais, avant que d’en arriver à ce stade, il nous faut considérer les trois processus de naissance, d’existence et
de mort.

Comprendre parfaitement leur nature en tout être animé, c’est-à-dire dans la complète objectivité, sans la moindre interférence d’une interprétation personnelle. Il nous faut fermer les portes
aux choses anciennes et nous ouvrir à ce qui est neuf, à l’énergie positive et créatrice en nous. Sans l’énergie, le corps et l’esprit ne seraient rien, mais en fait ils sont l’un et l’autre traversés d’énergie; les désirs, la haine et tous les sentiments sont de l’énergie….
La vision de la vérité apporte avec elle sérénité, bonheur et compréhension. Voilà ce qu’on entend par mener un mode de vie dynamique. Une telle réalisation n’est pas hors de notre portée, il suffit pour cela d’avancer avec le courant de la vie dans un état d’attention, de lucidité et de vigilance. Grâce au flot de la vision intuitive, les portes de la Créativité s’ouvrent devant vous.

Extraits du chapitre 1 : La dynamique de la méditation vipassana


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