Archives de Tag: Compassion

L’être humain est partie d’un tout – Albert Einstein

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L’être humain est partie d’un tout que nous appelons l’univers, une partie qui a ses limites dans le temps et l’espace. Nous faisons l’expérience de nous-mêmes, avec nos pensées, nos sentiments, nos perceptions, comme si nous étions une entité distincte et séparée du reste. Mais ceci est une illusion d’optique de la conscience et cette illusion devient notre prison. Nous construisons une réalité dans laquelle nous n’incluons, par le biais de nos perceptions, nos désirs et sentiments, que nous-mêmes, les êtres et les lieux qui nous sont proches. Notre tâche d’être humain est de nous libérer de cette prison et d’élargir notre cercle à l’infini pour y inclure, dans l’amour et la compassion, tous les êtres, la nature et l’univers dans toute sa beauté. La vraie valeur d’un être humain se mesure à la capacité qu’il a à se libérer de ses limites et à vivre la totalité, la valeur infinie, illimitée de l’Être. Si l’humanité veut survivre, une manière radicalement nouvelle d’être et de penser est nécessaire.

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Sagesse et compassion – Charlotte Joko Beck

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     La sagesse et la compassion sont deux des qualités innées de l’esprit qu’il convient de développer pour pleinement réaliser son potentiel d’éveil. Le bouddhisme met l’accent sur l’absolue nécessité de les développer conjointement, sous peine de déséquilibre et d’erreur : on a besoin de la sagesse pour comprendre la réalité relative du monde qui nous entoure et la nature ultime de toute chose. Mais cette qualité d’intelligence risquerait de devenir sèche et purement intellectuelle, désincarnée, si elle n’était pas constamment arrosée par les eaux de la compassion qui donne à la connaissance sa dimension humaine et chaleureuse. À l’inverse, la compassion a besoin de la lucidité et du recul de la sagesse pour éviter de devenir un amour aveugle ou de tomber dans la sensiblerie et l’inefficacité. Ces deux qualités se complètent donc et sont aussi inséparables que les ailes d’un oiseau, ou que les yeux (sagesse) et les jambes (compassion) d’un voyageur.
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Charlotte Joka beck
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Ramesh S. Balsekar – La compassion

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La compassion est la forme la plus élevée de l’amour.
C’est une transformation de vos énergies.
La passion est désir. La compassion est absence de désir.
La passion est avidité, la compassion est partage.

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Vous ne pouvez pas la cultiver.
Quand vous êtes sans désir, la compassion se déploie.
Elle n’est pas motivée, elle n’a pas de but.
Ce n’est pas une discipline.
C’est juste une énergie qui déborde.

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Elle inclut tout.
Si vous ne vous aimez pas vous même,
vous ne pourrez jamais aimer quelqu’un d’autre.
On doit d’abord éprouver de la compassion pour soi.

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La méditation est une fleur et la compassion est son parfum.
C’est une célébration, une danse d’accomplissement.
Plus rien à atteindre, nulle part où aller, plus rien à faire.
Vous êtes tellement comblé que vous pouvez partager.

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La fleur s’épanouit et la fragrance se répand dans le vent.
Non dirigée, non adressée,
elle se déploie jusqu’aux confins de l’existence.
La compassion est la floraison ultime de la conscience.

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Ramesh S. Balsekar

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Etes-vous prêt à aimer ? (Le film de la Journée de la Compassion)

Joan Halifax – La compassion et la véritable nature de l’empathie

Dilgo Khyentsé Rinpotché – Au cœur de la compassion

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      Si vous dépassez votre croyance à la réalité du « moi »aujourd’hui, vous vous libèrerez aujourd’hui ; si vous la dépassez demain, vous vous libèrerez demain ; mais si vous ne la dépassez jamais, vous n’atteindrez jamais l’Eveil.

      Pourtant ce « moi » n’est qu’une pensée, et les pensée n’ont pas en soi de consistance, de forme ou de couleur. Quand, par exemple, une pensée de colère envahit votre esprit  avec une puissance telle que vous voulez vous battre contre quelqu’un  et le détruire, cette colère brandit-elle une épée ? Est-elle à la tête d’une armée ? A-t-telle le pouvoir de vous calciner comme le feu, de vous écraser comme un rocher, de vous emporter comme un torrent fougueux ? Non, car la colère, comme toute pensée ou tout sentiment, n’existe pas réellement. Elle ne se trouve dans aucun endroit du corps ou de l’esprit. Elle est comme le vent dans le vide de l’espace. Au lieu de laisser les pensées rebelles vous asservir, comprenez donc leur essentielle vacuité ! [… ]

      Si vous domptez la colère au-dedans, vous découvrirez qu’il n’existe plus un seul ennemi au-dehors ; autrement, même si vous parvenez  à vaincre tous les êtres de l’univers, votre colère n’aura fait que croître. Vous ne la dissiperez pas en lui laissant libre cours, car votre ennemi le plus intolérable, c’est précisément elle. Si, en revanche, vous examinez sa nature, elle s’évanouira comme un nuage dans le ciel. […]

       L’esprit, n’a ni forme, ni couleur, ni substance. Voilà pour son aspect vide. Néanmoins, il peut reconnaître et il perçoit l’infinie variété des phénomènes. Voilà pour son aspect « lumineux », ou connaissant. L’union indissociable de ces deux aspects, vacuité et luminosité, est ce que l’on appelle la nature originelle de l’esprit.

       Pour le moment, la clarté originelle de votre esprit est voilée par l’illusion, mais au fur et à mesure que ces voiles se dissiperont, vous commencerez à découvrir le rayonnement de la conscience éveillée, jusqu’à ce que vos pensées se libèrent à l’instant même où elles apparaîtront, comme un dessin tracé sur l’eau. Quand on reconnaît directement la nature de l’esprit, c’est ce que l’on appelle le « nirvana », l’au-delà de la souffrance. Quand cette nature est voilée par l’illusion, c’est ce que l’on appelle le « samsara », le monde des apparences trompeuses. Selon la réalité ultime, samsara et nirvana ne sont jamais distincts du continuum de la nature absolue. Quand l conscience éveillée atteint sa plénitude, les murs de la confusion mentale s’écroulent, et la citadelle de l’absolu est conquise une fois pour toutes, transcendant la notion même de méditation.

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Dilgo Khyentsé  Rinpotché – Au cœur de la compassion

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Dilgo Khyentsé  Rinpotché – Au cœur de la compassion4

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Dilgo Kyentsé Rinpoché – Audace et Compassion

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Considérez toute chose comme un rêve

      Ce précieux corps humain, bien qu’il soit l’instrument suprême pour atteindre l’Éveil, est lui-même un phénomène transitoire ; nul ne sait quand viendra la mort, nul ne sait comment elle viendra. Les bulles se forment à la surface de l’eau, mais, l’instant d’après, elles disparaissent, elles ne restent pas. Il en va de même pour le précieux corps humain que nous avons réussi à obtenir. Nous prenons tout notre temps pour nous mettre à la pratique, mais qui sait quand cette vie va finir, tout simplement ? Une fois ce précieux corps humain perdu, notre flux mental continue son existence et prend naissance parmi les animaux, dans l’un des enfers, ou bien chez les dieux, là où le développement spirituel est impossible.

À présent, d’après la perception de nos sens, l’univers extérieur – terre, pierres, montagnes, rochers et falaises – semble permanent et stable comme une maison en béton armé sensée durer des générations. Mais il n’y a rien de solide dans tout cela ; ce n’est rien d’autre qu’un royaume sur lequel on régnerait le temps d’un rêve.

      Nous pouvons aussi prendre l’exemple d’événements appartenant à un passé plus récent : avant l’arrivée des communistes chinois, combien y avait-il de monastères dans ce qu’on appelait alors le Tibet, le Pays des Neiges ? Combien y avait-il de temples comme ceux de Lhassa, Samyé, Trandrouk ? Combien y avait-il d’objets précieux, représentations du Corps, de la Parole et de l’Esprit du Bouddha ? Maintenant, il ne reste pas même une statue. Tout ce qu’il reste de Samyé, c’est quelque chose de la taille de cette tente, à peine plus grand qu’une remise. Tout a été pillé, démoli ou dispersé ; les grandes statues ont été détruites. Tout cela est bel et bien arrivé et nous montre l’impermanence.

Sans une certaine compréhension de l’impermanence, il nous est difficile de pratiquer les enseignements sacrés. Si nos continuons à croire que tout va rester tel quel, notre situation s’apparente à celle d’un homme riche qui fait encore des projets sur son lit de mort. A-t-on jamais vu de tels gens évoquer leur vie future ? Cela prouve qu’ils n’ont jamais apprécié au fond d’eux-mêmes le caractère inéluctable de la mort. C’est là leur tort et leur illusion.

 

L’esprit

     Que dire de ce que l’on désigne par le terme de « pensées » ? Examinons l’expérience mentale, la pensée que vous avez à l’instant en m’écoutant attentivement, alors que je suis en train d’enseigner le Dharma : a-t-elle une forme ou une couleur ? Où la trouve-t-on, dans la partie supérieure ou inférieure du corps, dans les yeux, les oreilles ? Ce qu’on appelle esprit n’est en réalité pas là. S’il était véritablement quelque chose, il devrait avoir certaines caractéristiques : une couleur ( blanc, jaune… ), une forme ( celle d’un vase, d’un pilier… ), etc. Il devrait être grand ou petit, vieux ou jeune… Vous pouvez découvrir si l’esprit est une entité existante ou non simplement en vous tournant vers l’intérieur et en réfléchissant soigneusement. Vous verrez que l’esprit n’a pas de commencement, n’a pas de fin, et qu’il ne réside nulle part ; qu’il n’a ni couleur ni forme ; qu’il ne peut être trouvé ni à l’intérieur ni à l’extérieur du corps. Et lorsque vous voyez qu’il n’existe pas comme une chose, demeurez dans cette expérience sans tenter de la définir ou la nommer.

Toutes les souffrances proviennent du fait que l’on ne reconnaît pas l’ennemi : l’attachement à l’ego.

       Quand on nous frappe avec un bâton ou une pierre, cela fait mal ; si l’on nous traite de voleur ou de menteur, nous nous mettons en colère. Pourquoi ? Parce que nous nous tenons en haute estime et sommes très attaché à ce que nous considérons comme nous-même ; nous pensons donc : « On m’attaque ! » L’attachement au moi est le véritable obstacle à la libération et à l’Éveil. Ceux que le « moi » appelle des faiseurs d’obstacles ou forces négatives – fantômes, dieux, démons – ne sont pas des entités extérieures. C’est de l’intérieur que viennent les ennuis. C’est à cause de notre fixation sur ce « moi » que nous pensons : « Je suis si malheureux, je n’ai rien à manger, je n’ai pas de vêtements, tant de personnes m’en veulent et je n’ai aucun ami. » Et ces pensées nous tiennent constamment occupés, ô combien en pure perte ! Voilà pourquoi nous ne marchons pas vers la libération et l’état de Bouddha. Au cours de toutes nos vies successives, depuis des temps sans commencement jusqu’à aujourd’hui, nous avons pris naissance dans l’un ou l’autre des six mondes. Combien avons-nous dû peiner dans les trois sphères du samsara, réduits en esclavage par notre attachement à l’ego ?

 

Mourir

      Maintenant, voici la conduite à tenir au moment même de la mort. Exactement comme le fit le Bouddha lorsqu’il abandonna son corps, on s’allongera sur le côté droit, la tête posée sur la main droite ; on respirera par la narine gauche en maintenant la narine droite bloquée par l’auriculaire droit. En même temps, on méditera sur l’amour en souhaitant le bonheur de tous les êtres, aussi nombreux que le ciel est vaste, et on engendrera une forte compassion, animé du désir de les voir délivrés de la souffrance. En suivant le va-et-vient du souffle, on imaginera que l’on expire tout le bonheur, le confort et les biens que l’on possède, en les offrant à tous ceux qui souffrent, et que l’on inhale toutes les maladies et les émotions négatives des êtres pour les prendre sur soi-même, Puis on fixera sa pensée sur le caractère illusoire du samsara et du nirvana, qui sont pareils au rêve ou aux productions d’un magicien. Tout est dénué d’existence intrinsèque, tout est perception de l’esprit. Là où rien n’existe, il n’y a pas de raison d’avoir peur, que ce soit ici-même ou dans le bardo. On demeurera dans cette conviction sans la moindre fixation mentale.

 

Bodhicitta

      S’accoutumer à la bodhicitta, c’est comme maintenir un jardin propre, sans broussailles ni bois mort, sans mauvaises herbes ni insectes. Pratiquons-la en rassemblant toutes les qualités des Grand et Petit Véhicules, de façon à ressembler au boisseau qui se remplit de grain ou à la jarre que des gouttes d’eau finissent par emplir. Que nous pratiquions les vœux des laïcs ou l’entraînement des Bodhisattvas, ou encore les phases de développement et de perfection du Véhicule Adamantin, tout ce que nous faisons doit servir de support à nos vœux de bodhicitta. La pratique du Véhicule Adamantin doit en effet soutenir et confirmer nos engagements de Bodhisattvas.

      Méditez sur les difficultés auxquelles vous ne pouvez pas échapper et essayez d’engendrer la bodhicitta, d’autant plus intensément que cela est difficile. Méditez tout particulièrement sur l’amour et la compassion face à des personnes qui cherchent la compétition, à des amis qui, soudain et sans raison apparente, deviennent des ennemis, ou encore face à des gens avec qui vous ne pouvez pas vous entendre du fait de relations karmiques antérieures. Comme l’a dit Gourou Rinpotché : « Ne soyez pas un souci pour vos aînés, servez-les avec respect ». En aidant nos parents, nos maîtres et ceux qui sont dans le besoin, nous marcherons sur les pas des Bodhisattvas.

 

Faites ce qui est important

      Le Dharma a deux aspects : l’enseignement et la pratique. L’enseignement n’est que le travail de la bouche et ceux qui ne le pratiquent pas sont légions. Ne dit-on pas : « Nombreux sont ceux qui entendent le Dharma, mais très peu passent aux actes ; quant à ceux qui pratiquent un peu, ils s’écartent du chemin et se perdent. » Il est plus important de pratiquer le Dharma que de l’enseigner ou d’en parler ; c’est en effet quelque chose qu’il faut véritablement appliquer. Il est en outre préférable de suivre les instructions de nos maîtres avec une parfaite concentration plutôt que de pratiquer en s’appuyant sur des connaissances livresques et sur notre propre jugement. De toutes nos activités, la plus importante est de nous asseoir et de pratiquer. Nous n’avons pas besoin de nous agiter en tous sens mais simplement de rester assis. En nous levant, nous ne ferons que trébucher !  Restons donc assis dans une posture correcte, pas trop raide, en gardant à l’esprit que les meilleurs pratiquants sont ceux qui usent leur coussin et non les semelles de leurs chaussures.

 

Dilgo Kyentsé Rinpoché   – Audace et Compassion

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Dilgo Kyentsé Rinpoché  - Audace et Compassion

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Chandrakirti – Madhyamakalankara, Entreé sur la Voie médiane

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En premier lieu,
nous concevons le « moi »,
et nous nous y attachons.
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Puis nous concevons le « mien »,
et nous nous attachons au monde matériel.
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Comme l’eau captive de la roue du moulin,
nous tournons en rond,
impuissants.
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Je rends hommage
à la compassion
qui embrasse tous les êtres.
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Chandrakirti – Madhyamakalankara,
Entreé sur la Voie médiane
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Lao Tseu – Tao te king

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Je n’ai que trois choses à enseigner :
simplicité, patience, compassion.
Ce sont là vos trésors les plus précieux.
Simples dans vos actes et dans vos pensées,
vous retournerez à la source de l’être.
Patients avec vos amis et vos ennemis,
vous êtes en accord avec ce qui est.
Compatissant envers vous-même,
vous réconciliez tous les êtres du monde.
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Ainsi, l’homme sage, établi dans le Tao,
montre l’exemple à tous les êtres.
parce qu’il ne pavoise pas,
Les hommes peuvent voir sa lumière.
Parce qu’il n’a rien à prouver,
les hommes peuvent se fier à ses paroles.
Parce qu’il ne sait pas qui il est,
les hommes se reconnaissent en lui.
Parce qu’il ne poursuit pas de but,
tout ce qu’il entreprend lui réussit.
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Lao Tseu – Tao te king
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Compassion et pardon – Jack Kornfield

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    Quelle que soit l’intensité de certaines circonstances, une transformation du cœur est possible.

    Une fois, dans le train en allant de Washington à Philadelphia, je me suis trouvé assis à côté d’un homme afro-américain qui avait travaillé pour le département d’état en Inde puis avait quitté son poste pour s’occuper d’un programme de réinsertion pour de jeunes délinquants du District de Columbia.

    La plupart des jeunes avec lesquels il avait à faire étaient des membres de gang qui avaient commis des meurtres. Dans son programme il y avait un jeune garçon de 14 ans qui avait tiré sur un jeune innocent et l’avait tué pour faire ses preuves face à son gang.

    Au procès, la mère de la victime était assise impassiblement silencieuse jusqu’à la fin, alors que le jeune fut déclaré coupable. Après que le verdict fut prononcé, elle se leva lentement, fixa le jeune du regard et lui dit :

     » Je vais te tuer « .

    Le jeune fut emmené dans un centre pour délinquants et y resta plusieurs années.

    Après six mois, la mère de l’enfant tué alla rendre visite au détenu. Il avait vécu dans la rue avant le meurtre, et elle était la seule visite qu’il ait eu.

    Pendant un moment ils échangèrent quelques mots, et avant de partir elle lui lissa quelques sous pour qu’il s’achète des cigarettes.

    Ensuite elle vint le voir régulièrement et lui apporta de la nourriture, des petits cadeaux.

    Presque à la fin de la sentence de ses 3 ans passés en prison, elle lui demanda qu’est ce qu’il avait l’intention de faire à sa sortie. Il était extrêmement confus et très incertain, alors elle lui offrit du travail dans la société d’un ami qu’elle avait.

    Ensuite elle lui demanda où il allait loger, et parce qu’il n’avait de famille vers qui aller, elle lui offrit l’usage temporaire d’une chambre vide dans sa maison.

    Pendant 8 mois il vécut là, mangea la nourriture qui lui était offerte et travaillait à l’endroit qu’elle lui avait trouvé.

    Un soir elle l’invita à venir discuter dans son salon, elle s’assit en face de lui et attendit, puis elle commença à parler.

     » Te souviens-tu, dans la salle d’audience, lorsque je t’ai dit que j’allais te tuer. « 

      » Et comment ! Répondit-il. « 

     » Et bien, je l’ai fait  » et elle ajouta

      » Je ne voulais pour rien au monde que ce garçon qui a tué mon fils demeure vivant sur cette terre. J’ai voulu qu’il meure. C’est pour cette raison que j’ai commencé à te rendre visite, que je t’ai trouvé du boulot et je t’ai accueilli chez moi. C’est ainsi que je me suis résolue à te changer. Et ce garçon là, il est mort, bien mort aujourd’hui. Donc maintenant que mon fils est mort et que le meurtrier est mort, j’aimerais te demander si tu serais d’accord de rester. J’ai une chambre et j’aimerai t’adopter si tu le veux bien. « 

    Et elle devint la mère du meurtrier de son fils, la mère qu’il n’avait jamais eu.

Jack Kornfield,   Compassion et pardon 

Extrait de CD de Jack Kornfield sur le pardon. Traduction de Patricia Genoud.

Sources : http://www.vipassana.fr/Textes/JackKornfield_LePardon.htm

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Quelqu’une

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metta sutta – Discours sur l’amour bienveillant

Karanīyam’attha-kusalena,
yanta santam padam abhisamecca;
sakko ujū ca suhujū ca,
suvaco cassa mudu anatimāni.
Voici ce qui doit être accompli par le sage qui souhaite atteindre cet état de paix parfaite (Nibbana), il devrait être appliqué, droit, parfaitement droit, obéissant, doux et humble
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Santussako ca subharo ca,
appakicco ca sallahukavutti;
santindriyo ca nipako ca,
appagabbho kulesva-nanugiddho.
Satisfait, facile à contenter, peu occupé, menant une vie simple, les sens contrôlés, sage, discret et pas trop attaché à sa famille.
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Na ca khuddhamācare
kiñci, yena viññū pare upavadeyyum;
sukhino va khemino hontu,
sabbasattā bhavantu sukhitattā.
Il devrait s’abstenir de toute action
qui pourrait être réprouvée par les sages et cultiver la pensée :
que tous les êtres soient en sécurité et heureux.
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Ye keci pāna-bhūtatthi,
tasā vā thāvarā vanavasesā;
dîghā vā ye va mahantā,
majjhimā rassakā anuka thūlā.
Quels que soient les êtres vivants : faibles ou forts, longs, grands, moyens, courts, petits ou gros
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Ditthā vā ye va aditthā,
ye va dūre vasanti avidūre;
bhūtā va sambhavesī va,
sabba-satta bhavantu sukhitattā.
Visibles ou invisibles, proches ou lointains, nés ou à naître ; puissent tous les êtres sans exception être heureux.
……….
Na paro param nikubbetha,
nātimaññetha katthaci na kiñci;
byārosanā patighasaññānā
ññama-ññassa dukkhamiccheyya.
Que personne ne déçoive ni ne méprise qui que ce soit, nulle part. Que personne ne souhaite le mal aux autres
par colère ou malveillance.
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Mātā yathā niyam puttam,
āyusā ekaputta-manurakkhe;
evampi sabbabhūtesu;
mânasam bhāvaye aparimānam.
Comme une mère protègerait son unique enfant au risque de sa propre vie, cultivons un amour sans limite envers tous les êtres.
……….
Mettañca sabbalokasmi,
mânasam bhāvaye aparimānam;
uddham adho ca tiriyañca,
asambādham averamasapattam.
Que ces pensées d’amour infini imprègnent le monde tout entier, dessus, dessous, de toutes parts, sans obstacle,
sans haine ni inimitié.
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Tittham caram nisinno va,
sayâno yāvatāssa vitamiddho;
etam satim adhittheyya,
brahmametam vihāra-midhamāhu.
Qu’il soit debout, en marche, assis ou allongé, tant qu’il est éveillé, il devrait développer un esprit empli d’amour bienveillant. Ceci est l’état le plus noble.
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Ditthiñca anupaggamma,
sīlavā dassanena sampanno;
kāmesu vineyya gedham,
na hi jātuggabbhaseyya puna-reti ti.
N’ayant pas de fausses croyances, étant vertueux, doté de la vision pénétrante et ayant abandonné l’attachement pour les plaisirs des sens, plus jamais il ne renaîtra dans ce monde.
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Mettā-suttam nitthitam
Ici se termine le Metta sutta
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….et encore…
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Metta Sutta

(Sutta de la bonté bienveillante)

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Le Metta Sutta est un des textes les plus récités dans la tratdition du bouddhisme vipassana

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Voici ce qui doit être accompli par celui qui est sage,
Qui recherche le bien et a obtenu la paix.
Qu’il soit appliqué, droit, parfaitement droit,
Sincère, humble, doux, sans orgueil,
content de toutes choses et joyeux.
Qu’il ne se laisse pas submerger par les soins du monde,
qu’il ne se charge pas du fardeau des richesses.
Que ses sens soient maîtrisés,
qu’il soit sage sans être hautain,
et ne convoite pas des biens de famille.
Qu’il ne fasse rien qui soit mesquin
et que les sages puissent reprouver.
Que tous les êtres soient heureux.
Qu’ils soient en joie et en sûreté.
Toute chose qui est vivante, faible ou forte, élevée
Moyenne ou basse, petite ou grande, visible ou invisible,
Près ou loin, née ou à naître,
Que tous ces êtres soient heureux.
Que nul ne déçoive un autre ni ne méprise aucun être
Si peu que ce soi t.
Que nul, par colère ou par haine, ne souhaite du mal à un autre .
Ainsi qu’une mère au péril de sa vie,
surveille et protège son unique enfant,
Ainsi, avec un esprit sans entrave
doit-on chérir toute chose vivante,
aimer le monde en son entier,
Au dessus, au dessous, et tout autour, sans limitation
Avec une bonté bienveillante et infinie.
Etant debout ou marchant, étant assis ou couché,
tant que l’on est éveillé, on doit cultiver la pensée
que cela est la manière de vivre la meilleure du monde.
Abandonnant les discussions oiseuses,
ayant la vision intérieure profonde,
débarrassé des appétits des sens,
Celui qui s’est perfectionné
ne connaîtra plus les renaissances.

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(Sutta Nipada, 1, 8)

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Compassion par Charles Genoud

Ce texte est la transcription d’un enseignement dispensé lors de la retraite de Toussaintqui s’est déroulée au Prieuré Saint-Thomas à Epernon du 31 octobre au 2 novembre 2003.
    Je voudrais cet après-midi parler d’un autre aspect du chemin spirituel. J’ai préalablement parlé de la présence et de l’absence d’objectif en ce qui concerne la pratique méditative, la pratique de Vipassana. J’aimerais maintenant parler d’un autre aspect qui impliquera plus de réflexion et aussi d’action, je voudrais parler de la compassion.
     Il se peut qu’on ait tendance à comprendre la compassion un peu comme un fardeau, comme une ascèse nécessaire et indispensable dans un cheminement spirituel, un peu comme le prix qu’il faudrait payer sans percevoir la qualité positive, l’enrichissement que représente la compassion en elle-même. Bouddha, dans ses enseignements, répète constamment qu’il ne vise qu’une seule chose, la cessation de la souffrance et que la compassion, de la même manière, fonctionne aussi dans le sens de la cessation de la souffrance et dans l’expression d’une plus grande liberté.
 
    Donc, soyons attentif quand nous avons l’impression que la compassion va nous demander de prendre un fardeau un petit peu plus grand, de prendre la souffrance et douleur d’autrui et que c’est le prix qu’il nous faudra payer pour notre cheminement spirituel, sans comprendre que la compassion, au contraire, est une attitude de liberté, de joie, d’ouverture et de tranquillité.
     Pour parler de la compassion aujourd’hui, je vais me baser surtout sur un texte d’un poète indien du VIIIème siècle, Shantideva qui amène une réflexion extrêmement profonde, extrêmement pertinente au sujet du développement de la compassion.
     Il semble que tous les êtres humains et même les insectes et les animaux ont comme objectif constant le fait de vouloir acquérir le bonheur, le confort et éviter la souffrance. Nous pouvons par exemple observer en ce moment même, alors que nous sommes assis, que nous changeons de position, légèrement et constamment, sans même y prêter attention, afin d’essayer d’éviter le moindre inconfort, pour nous assurer un petit peu plus de confort, éviter la difficulté ou la douleur. Si nous observions notre vie quotidienne, nous nous rendrions compte que nous faisons des milliers de gestes qui ont toujours pour but d’éviter le moindre inconfort. S’il fait un peu froid, nous nous déplaçons pour fermer la fenêtre, s’il fait trop chaud nous allons vers la fenêtre.  Constamment, nous changeons de position, de place, nous manipulons notre environnement afin d’éviter le moindre inconfort, afin d’essayer d’obtenir un peu plus de satisfaction et de bonheur. Dans cette quête de la satisfaction et du bonheur, il faut dire que nous sommes extrêmement déterminés parce qu’il est assez rare que nous abandonnions. Combien d’efforts nous sommes capables de faire constamment, encore et encore, afin d’essayer d’obtenir satisfaction, afin d’essayer d’obtenir du bonheur et de la joie. Le principal motif de toutes nos actions, de toutes nos activités, est cette recherche, cette quête du bonheur. Et pourtant, si nous regardons les conséquences ou l’aboutissement de cette quête incessante, il nous faut bien arriver à la conclusion que nous ne sommes pas très efficaces. Si notre taux de réussite se situe entre 5 et 7 % ça n’est déjà pas si mal. En fait, malgré notre détermination, malgré toute l’énergie que nous y passons, il y a quelque chose que nous mettons en place qui semble erroné, un jugement qui n’est pas bien fait, qui fait que notre taux de réussite est aussi bas. Si nous travaillions dans une entreprise avec un taux de réussite de 5 et 7%, nous serions licenciés immédiatement. Nous sommes beaucoup plus généreux avec nous-mêmes, nous continuons à nous employer, essayant malgré tout, ne sachant pas à qui d’autre faire confiance, d’obtenir joie, bonheur, satisfaction, avec persévérance et détermination, sans pour autant améliorer notre taux de réussite.
 
    Donc, on peut se demander ce qui ne va pas dans cette quête pour que finalement nous aboutissions à un résultat aussi maigre. Qu’est-ce qui ne va pas dans notre attitude, dans notre activité pour que finalement nous réussissions aussi peu à obtenir vraiment le bonheur et la satisfaction, le confort, le calme et la paix ?
     Peut-être que dans la stratégie que nous utilisons quelque chose ne fonctionne pas et qu’il faudrait en changer radicalement. Il semble pourtant que dans notre détermination, nous essayons de nombreuses stratégies. Nous essayons de mettre en place à peu près toutes celles que nous pouvons imaginer. Que ce soit au moyen de l’argent, l’amitié, la famille, la profession, nous essayons de nombreuses manières d’obtenir la joie, le bonheur sans vraiment y arriver.
    Peut-être faudrait-il une stratégie complètement différente ? Une stratégie que nous n’arrivons pas à imaginer car toutes celles que nous arrivons à imaginer nous les avons déjà essayées. Il y a une anecdote pour ce changement de stratégie que je veux vous raconter. C’est lors d’une guerre en Autriche. Les personnes résidant dans un château fort, assiégé depuis des mois, n’avaient plus de nourriture. Ils n’avaient aucun moyen de sortir du château assiégé, entourés qu’ils étaient par les troupes ennemies. A ce moment-là, le chef de la forteresse du château a essayé de trouver une stratégie, une solution. Toutes les possibilités logiques qu’on pouvait essayer d’imaginer ne fonctionnaient pas. Sortir en force était absurde, voulait dire se faire tuer par l’ennemi. Rester était aussi absurde puisqu’il n’y avait presque plus de nourriture. Il semble que cette situation était sans issue. Il fallait trouver une solution différente, radicalement différente. Le chef de cette forteresse a trouvé une stratégie complètement différente de celle qu’on pourrait imaginer. Il restait encore une vache dans la forteresse et un peu de blé. Il a demandé au cuisinier d’abattre la vache et il a fait remplir son ventre avec toute la farine qu’il restait et il a lancé la vache par-dessus les murailles. Quand les ennemis ont reçu cette vache pleine de blé, ils se sont dit que les assiégés devaient avoir encore beaucoup de nourriture pour se permettre un tel gaspillage. Face à cela, ils furent totalement découragés, ils levèrent le siège et partirent. Une stratégie complètement différente, qui sortait du cadre limité de tout ce qu’on pouvait imaginer logiquement : mettre les échelles pour sortir la nuit du château fort n’était pas pensable, essayer d’obtenir de la nourriture était impossible, donc il a imaginé une stratégie déroutante, inimaginable.
     Quelle pourrait être la stratégie qu’il nous faudrait utiliser, aussi déroutante, aussi inimaginable pour que nous ayons un petit peu plus de succès dans notre quête de bonheur et de sérénité. A quoi va correspondre pour nous le fait de tuer la vache, de la remplir de blé et de la lancer par-dessus les murailles. Comment trouver cette stratégie ?
    Il y a eu différentes révolutions dans notre vision du monde au cours des âges, qui ont coûté énormément à l’orgueil de l’être humain. Je voudrais parler d’une première révolution qui est celle de Copernic lorsqu’il a dit que ça n’était pas la terre qui était au milieu de l’univers mais que c’était le soleil qui était au milieu de l’univers. Suite à cette importante révolution, l’homme a du accepter cette position excentrique, de ne plus occuper le centre du monde, de l’univers, de n’être qu’un habitant d’une toute petite planète parmi tellement d’autres planètes qui tournaient dans cet univers. Ceci était difficile à accepter et certains des élèves de Copernic ont même été emprisonnés pour prôner de telles vérités. Donc une révolution qui a mis en mauvaise posture ou qui a défié l’orgueil de l’être humain qui pensait qu’il était au centre de l’univers. 
      Il y a eu une deuxième révolution avec Darwin, lorsqu’il est venu avec une théorie aussi bizarre, en disant que nous n’avons pas été créés de toute pièce merveilleusement, parfaitement par Dieu mais que nous étions un chaînon dans une chaîne d’évolution. Qu’il y avait dans cette chaîne des petits animaux assez bizarres et que, de développement en développement, finalement, nous arrivions à cet être humain, que nous sommes aujourd’hui ; avec pas mal d’essais et d’échecs et aussi de hasards. A nouveau l’orgueil de l’être humain a été mis en pièce puisqu’il y avait cette idée que nous étions créés parfaitement, merveilleusement par un Dieu qui aurait choisi finalement d’appeler à l’existence cet être humain. Evidemment Darwin a aussi eu des problèmes. Les gens qui lisaient les textes de la bible, notamment de manière très limitée ne pouvaient accepter tout d’un coup que l’on remettre en cause la création de l’être humain par Dieu, d’une seule pièce, parfaite. Accepter d’être seulement un animal un peu particulier parmi d’autres animaux a aussi beaucoup coûté à l’orgueil humain.
      Troisième révolution dans la vision de l’être humain menée par Freud qui est venu nous dire que dans le fond, nous n’étions pas vraiment maître dans notre propre maison.
    Quand nous décidons, quand nous choisissons quelque chose, en fait, nous ne savons pas vraiment pourquoi nous choisissons. En fait, ceci est mu par des motifs inconscients et alors que nous croyons nous connaître, choisir en tout état de cause, nous sommes finalement déterminés par beaucoup d’éléments qui sont liés à notre histoire, à notre naissance. En définitive, nous ne nous connaissons pas et ce qui principalement nous fait agir sont des motifs inconscients. On imagine aussi que Freud a eu pas mal de problèmes avec des gens qui ne pouvaient pas accepter cette vision de l’être humain comme étant en grande partie inconscient, mu par des motifs inconscients.
      Donc 3 révolutions, qui chaque fois, ont demandé à l’être humain de se remettre en question, qui lui ont coûté un certain orgueil, accepter de ne pas être au centre de l’univers, accepter de ne pas être complètement différent des animaux et aussi accepter que finalement il se connaissait très mal et que lorsqu’il choisissait et bien il ne choisissait pas réellement en connaissance de cause.  
     Mais, aucun de ces révolutionnaires n’a prétendu, à aucun moment donné, qu’il allait au moyen de sa révolution amener le bonheur. Aucun de ces révolutionnaires n’a prétendu qu’il améliorerait notre taux de réussite dans notre quête du bonheur et que de 7% nous pourrions passer à un taux un peu plus élevé. Ces réflexions scientifiques n’ont pas prétendu résoudre le problème du bonheur humain. Donc, malgré l’intérêt de ces révolutions, malgré leur richesse, ce ne sont pas elles qui vont nous aider à résoudre le problème du manque de bonheur, du manque de sérénité de l’être humain.  
      Si nous regardons la vision que nous avons du monde intérieurement, socialement, finalement nous plaçons au centre de l’univers, non pas la terre ni le soleil, mais un être qui est moi, qui se place au centre et qui est entouré par tous les autres êtres qui sont autrui. Il y a pour chacun d’entre nous un être qui est plus important, qui est au centre, qui est moi et autour, il y a tous les êtres qui sont autrui, et on les organise dans différentes catégories, selon ce qu’ils impliquent ou selon les conséquences qu’ils ont pour la personne qui est au centre : toutes les personnes qui semblent apporter un petit peu de bonheur, de plaisir à ce moi qui est au centre, on les met dans une catégorie qui est  » amie « , tous les autres qui semblent apporter des inconvénients, de la souffrance, on les met dans une autre catégorie qu’on appelle  » ennemie  » et le plus grand nombre qui n’ont aucune incidence, on les laisse dans un  » no man’s land « , dans une vision neutre de gens qui sont mal déterminés. Nous avons chacun cette vision du monde où nous nous plaçons au centre, entourés par tous les autres, des millions d’autres personnes qui sont autrui et ceci sans la moindre difficulté bien que ceci soit complètement absurde puisque si je devais affirmer quelque chose de scientifique et que tous les êtres sur cette planète avaient un avis contraire, il semblerait plutôt judicieux de me rallier à l’avis de tous et de me dire que si finalement, ils ont tous un avis différent, c’est peut-être qu’il y a certaines raisons. Hors, je suis le seul à me considérer comme moi, tous les êtres sur cette planète me considèrent comme autrui mais je persiste et persévère à croire que je suis moi et ceci vaut pour chacun d’entre nous. Il y a quelque chose d’étonnant à se considérer comme moi, c’est à dire un être spécial, au centre et de considérer tous les autres comme autrui. 
      Cette notion de moi et d’autrui à laquelle nous attachons tellement d’importance va mobiliser toute notre énergie. Tous les efforts que nous faisons vont être concernés par cette notion de moi que nous avons placé à un endroit particulier et qui détermine la valeur de toutes nos expériences, actions et ce qui se passe sur cette planète. S’il se passe quelque chose dans cet univers qui semble être pour le bénéfice de cette personne que nous avons placé au centre que nous appelons moi, à ce moment là, cette chose à une importance ; s’il se passe quelque chose d’autre qui n’a aucune incidence, nous l’ignorons. Notre vision du monde est complètement centrée dans cette perspective d’un être qui est au centre, c’est moi et tous les autres qui sont autrui. Mais Aryadéva dit :  » ce moi qui pour moi est perçu comme moi, il est non moi pour toi et ce moi qui est moi pour toi, il est non moi pour moi « . 
     Qu’est-ce que la réalité de ce moi ? La notion de moi et d’autrui est une notion toute relative comme la notion d’ici et là-bas. Est-ce qu’il y a un endroit dont on peut dire qu’il est réellement ici ? Quand vous entrez dans la salle, vous vous dites : il y a un endroit qui est ici, ça se trouve ici et tout le reste est là-bas. Est-ce que la notion d’ici est quelque chose qu’on peut déterminer par rapport à un là-bas ? Il n’y a rien sur cette terre, aucun endroit dont on pourrait dire : on va se rendre à ici, où on se donnerait rendez-vous à ici, tout en sachant où nous allons. De même que, si nous disions : « rendez-vous là-bas à 16h « , il y a peu de chance pour que nous nous rencontrions, vu que là-bas est un terme multiple. Donc, ici et là, ici et là-bas sont des termes complètement interdépendants, qui n’ont aucune valeur intrinsèquement. Il n’y a aucune qualité particulière à ici si ce n’est qu’ici prend son sens par rapport à un là et un là-bas. De la même manière les notions de moi et d’autrui n’ont aucune caractéristique en elles-mêmes si ce n’est qu’elles sont interdépendantes. Donc, je crois qu’il y a ici en moi quelque chose de spécial qui n’est pas en autrui et qui justifie mon attachement. Je crois qu’il y a quelque chose de spécial qui se trouve ici et nulle part ailleurs, qui fait que je peux dire moi, avec certitude et que je peux dire toi, vous, en ce qui concerne les autres, comme des êtres qui n’ont pas cette caractéristique de moi puisqu’elle est seulement en moi. Cette vision du monde que nous avons actuellement, c’est la vision d’un moi au centre, qui est exactement où vous vous trouvez vous-même, et d’autrui qui se trouve à la périphérie. Tant que nous serons limités par cette vision, il nous sera difficile d’avoir un meilleur taux de réussite dans la requête du bonheur que les 5 ou 7 % que j’ai mentionnés précédemment. Cette vision tellement biaisée, n’a rien à voir avec la réalité car lorsque nous essayons, par rapport à elle, de développer une attitude qui vise à créer plus de bonheur, cela va échouer car la vision de la situation est complètement erronée.   
    Shantideva dit :  » A l’origine de toute souffrance je ne connais qu’une seule cause, c’est l’attachement au moi. De la même manière qu’on fait cesser la douleur en retirant la main de la flamme, on ne fait cesser la souffrance qu’en se retirant du moi. Que celui ou celle qui veut rapidement protéger soi-même et autrui, doit pratiquer le mystère suprême, qui est le fait d’échanger soi et autrui et celui qui veut rapidement protéger soi-même et autrui doit pratiquer le suprême mystère qui est échanger soi et autrui « .  
      Nous avons maintenant à faire à un révolutionnaire qui manifestement dit :  » Ma révolution vous aide à être plus efficace dans la quête du bonheur « . Les autres n’ont pas prétendu ceci, Shantideva, lui, le prétend. Il dit :  » si on pratique le suprême mystère, l’échange de soi et d’autrui, alors c’est la manière la plus rapide, la plus efficace de protéger soi-même et autrui « . 
      Dans cette stratégie, dans cette vision du monde, d’un moi qui est au centre et d’un autrui qui est à la périphérie, Shantideva nous dit :  » c’est très simple, mettez autrui au milieu et moi autour « . Voilà pour lui la stratégie. Voilà pour lui, le fait de tuer la vache et de la remplir de blé. Il dit que cette stratégie, cette vision du monde va amener le bonheur de soi et d’autrui. On peut imaginer quels défits pour l’être humain ont été les visions de Copernic pour accepter cette position un peu excentrée de la terre, on peut imaginer ce qu’il a fallut comme humilité pour accepter Darwin et son évolution des espèces, Freud et l’inconscient… Peut-on imaginer ce qu’il faut comme humilité pour accepter Shantideva qui dit :  » Au milieu ça ne sera pas moi mais autrui « … Qu’on ne va plus se considérer comme moi mais se considérer comme autrui et qu’à ce titre uniquement, nous pourrons développer le bonheur pour soi-même et pour autrui. Il y a là, dans l’enseignement de Shantideva, quelque chose d’assez extraordinaire, de complètement inhabituel et de certainement pas facile à comprendre : Que veut-il dire par  » échanger de position entre moi et autrui  » ?  » Avoir un autrui au centre et moi à la périphérie  » ? 
    Je vais lier ceci à la pratique de la compassion. La compassion est l’attitude, le désir, le souhait que soi-même et autrui soyons libres de toute souffrance. C’est une attitude que nous avons à l’intérieur de nous-mêmes naturellement. Il ne s’agit pas de créer de toute pièce une compassion qui n’existerait pas à l’intérieur de nous-mêmes. Ce qui fait obstacle au surgissement de la compassion dans notre vie quotidienne, ce sont nos habitudes qui vont prendre le dessus, prendre le pas sur la compassion. Si, par la force de l’habitude, surgit dans une situation de douleur, la peur, la crainte, l’aversion, la culpabilité, lorsque ces émotions prennent le pas, elles ne laissent plus l’espace à la compassion pour surgir. Il s’agit pour nous d’être attentifs et d’ouvrir cet espace pour que cette compassion puisse surgir spontanément. Il s’agit pour nous d’être attentifs et de ne pas suivre ces habitudes et de tomber dans l’aversion, la peur, la culpabilité, la crainte, toute attitude qui voile la possibilité du surgissement de la compassion, donc le fait de vouloir que soi-même et autrui soient libre de toute souffrance. 
      Cette réflexion ne va pas se limiter aux êtres humains, vous pouvez l’étendre aux animaux. En ce qui concerne la compassion, il faut deux caractéristiques. Il faut un autre si c’est un être humain et il faut de la souffrance car on ne peut pas développer la compassion pour un être qui est heureux. On ne développe pas non plus la compassion pour les vieilles commodes, les vieux livres, les vieilles tables. On développe la compassion pour un être, ici un être humain, un être qui souffre.  
     Il y a différentes manières d’éviter le développement de la compassion ou différents obstacles qui empêchent la compassion de surgir. Le premier est de ne pas vouloir percevoir la souffrance. De nouveau, vouloir ne pas percevoir la souffrance peut être du à la crainte, à la peur, à l’aversion, à la culpabilité. La manière la plus évidente, c’est de détourner la tête, de regarder ailleurs afin de ne pas voir la souffrance. Imaginons un accident. Une personne est ensanglantée. Pour certains d’entre nous cette situation est si difficile que la première réaction sera de détourner la tête pour ne pas voir cette personne qui saigne et qui souffre. Donc ici, c’est une manière due à l’aversion, à la peur. Détourner la tête, ne pas voir la personne qui souffre empêche la compassion de surgir. Ceci est un exemple flagrant, il y a mille manières de détourner la tête. 
    Lorsque nous avons à faire avec la souffrance, une autre manière consiste à tourner autour. Une personne vient vous parler de difficultés. Elle vient vous parler par exemple de sa maladie grave, très sérieuse et vous commencez à lui demander le nom de son médecin traitant, l’endroit où elle va… c’est une manière de prétendre ne pas éviter le problème et l’éviter réellement. En parlant autour de la difficulté, en oubliant de dire à la personne : ça doit être très difficile ; ça doit être très douloureux, au lieu de ceci, on pose de multiples questions, tournant autour de la douleur, tournant autour de la difficulté, sans réellement toucher le problème de la douleur. Un autre problème, une autre attitude pourrait être de nier : ça n’est pas si grave ! Ma cousine, ma tante, ma belle-mère a eu la même maladie et au bout de trois semaines, elle était complètement rétablie. Une manière de placer une sorte de vœux pieux, en disant : mais ça va s’arranger… C’est aussi une manière d’éviter. Peut-être que la situation va s’arranger, mais la question n’est pas là ; la question est que nous avons à faire face à une personne qui est dans la douleur, dans la souffrance, en ce moment. Est-ce qu’on peut rester avec cette situation et être ouvert à cette situation ? Si on ne peut pas et qu’on l’évite en parlant, en souhaitant que les choses s’améliorent, la compassion ne peut pas surgir. J’ai donné un cours en Israël il n’y a pas longtemps. J’étais en train de boire un café sur la plage quand une mère et son petit garçon de 2 ans sont passés par-là. Le petit garçon est tombé et s’est mis à pleurer. La mère lui a dit alors quelque chose en hébreux et aussitôt un homme, qui était assis devant moi avec 2 petits garçons, s’est retourné et il lui a répondu de manière assez ferme. Ne parlant pas hébreux, j’ai demandé à mes amis :  » mais que se passe-t-il ?  » En fait, après que le petit garçon soit tombé et qu’il se soit mis à pleurer, sa mère lui a dit  » mais ça n’est rien, ça n’est rien « . Alors l’homme qui était là a dit :  » mais ça n’est pas rien parce que le petit garçon est en train de pleurer, il a mal, ça n’est pas rien « . Ça m’a amusé parce que c’est exactement ça. La mère était en train de nier et le type devant moi qui disait  » il ne faut pas nier la douleur, il pleure, c’est quelque chose ! » Ça m’a amusé que cet homme intervienne pour protéger le petit garçon, en disant « on ne peut pas dire que c’est rien. S’il pleure, c’est que pour lui, ça a une certaine importance ! « 
    Ce comportement on peut le voir partout. Cette manière de nier la douleur d’un enfant comme si on ne pouvait pas simplement être là, avec la tristesse de l’enfant. Même si c’est pas très grave, il n’empêche que dans ce moment là, pour l’enfant, c’est quelque chose d’important. Donc, plutôt que nier ceci, au contraire, le prendre dans ses bras et lui dire :  » je comprends, ça fait mal « . Donc, d’accueillir cette difficulté et non pas de la nier. Tant que nous sommes liés à ces attitudes d’évitement par aversion, par crainte, par habitude, la compassion ne peut pas surgir. Ceci nous empêche toute possibilité d’être ouvert et de laisser la compassion surgir. Je crois que l’évitement de la douleur et de la souffrance est assez clair, que c’est assez facile à reconnaître. L’autre aspect est beaucoup plus subtil.  
      Pour que la compassion puisse se développer, il faut un être qui souffre. On peut éviter la souffrance, mais on peut aussi, (c’est ce qu’on fait le plus souvent) éviter de voir l’autre personne. Lorsqu’on ne reconnaît pas l’humanité d’une autre personne, la compassion ne peut pas surgir. Et de quelle manière est-ce qu’on évite de reconnaître l’humanité d’une autre personne ? En la transformant en une chose, en un objet. Vous allez me dire :  » mais, on ne transforme jamais les gens en choses ! Il existe une manière subtile de nous couper de ce lien humain, qui nous relie à l’autre personne, c’est de mettre les gens dans des catégories. Un drogué par exemple.  » Drogué « , comme si tout d’un coup, il était à l’extérieur, il faisait partie d’une classe particulière qui est  » droguée « . Un étranger, un sans abri, un criminel quelles que soient les catégories qu’on utilise, c’est une manière de se couper. Quand c’est  » un drogué « , c’est quelqu’un de différent de moi-même. Lorsqu’on dit  » un drogué  » par exemple, on a coupé cette possibilité de sentir que c’est un être exactement, parfaitement comme je suis moi-même. Je ne suis pas un drogué, donc il y a quelque chose de différent. On a mis la différence en avant, mais cette différence coupe toute possibilité de lien réel. 
      Pendant longtemps j’ai cherché à trouver un enrichissement au texte de Shantideva. Je l’ai trouvé chez Simone Weil qui a une réflexion extrêmement pertinente, notamment sur la manière dont nous réduisons les autres êtres qui souffrent, à l’état de chose. Elle décrit non pas la manière dont nous les réduirions à l’état de chose mais la manière dont le malheur réduit la personne qu’elle touche à l’état de chose. Elle dit :  » Le malheur est essentiellement destruction de la personnalité, passage dans l’anonymat.  
      Le malheur est avant tout anonyme. Il prive ceux qu’il prend, de leur personnalité « . Donc, ici, elle se place du point de vue suivant : quand une personne est réellement touchée par le malheur, cette personne va perdre sa propre dignité face à elle-même. C’est un phénomène qu’on remarque très clairement. On voit que des personnes touchées par le malheur, quand elles perdent leur dignité, ont de la peine à s’occuper d’elles-mêmes, à se laver, à prendre soin d’elles-mêmes parce qu’elles ont perdu cette dignité à leurs propres yeux et donc ne prennent plus soin d’elles-mêmes. Elle analyse ceci de manière extrêmement pertinente, pour montrer combien le malheur quand il est profond, va transformer celui ou celle qu’il touche en complice, complice de son propre malheur. Comme si, se réduire à l’état de chose pour une personne qui souffre était une manière de s’anesthésier, afin de ne pas subir pleinement la douleur et la déchéance de cette situation. Elle marque bien que lorsqu’on veut aider une personne qui est touchée à ce point par le malheur, il ne s’agira jamais de donner quelque chose de matériel, il ne s’agira jamais d’aider cette personne physiquement ; la chose essentielle est de restaurer dans l’autre personne ce sens de dignité humaine. C’est ceci la véritable pratique de la compassion et non pas l’objet qui est donné, non pas l’aide qui est apportée. Elle dit que si on aide physiquement, matériellement, sans restaurer cette dignité, on a l’impression que la personne fait obstacle à l’aide qu’on lui apporte, comme si elle ne participait pas vraiment à l’aide qu’on veut lui donner. Lorsqu’on n’a pas restauré la dignité de l’autre personne, il lui est difficile d’estimer qu’elle mérite l’aide qu’elle reçoit n’ayant plus de dignité par rapport à elle-même. Simone Weil dit  » la compassion est une chose extrêmement rare, plus rare que marcher sur les eaux, et quand elle surgit réellement, la compassion est un miracle plus merveilleux que de marcher sur les eaux  » Reconnaître dans la personne qui souffre, un être humain pareil à moi-même, ceci suffit, le reste tout naturellement suivra.   
     Pour développer la compassion, il faut briser ce que j’ai décrit comme étant mis en place quand on a réduit les autres à une catégorie (se dissocier d’eux-mêmes, en tant que drogué, sans abris, criminel, étranger ou autre, quel que soit le terme qu’on va utiliser) pour se couper. Lorsqu’on établit un rapport avec cette autre personne comme un être humain, à ce moment-là, la pratique de la compassion va être établie et l’action qui va suivre sera une action parfaitement naturelle et spontanée. Donc, il y a dans le fait de réduire l’autre qu’il se sente réduit à l’état de chose par le malheur. Je crois qu’il est important de bien comprendre ce qui se passe car la personne qui est touchée par le malheur participe aussi au fait qu’elle se réduise à l’état de chose. Il y avait dans  » Le monde  » il y a quelques années, un article sur l’exclusion. Il disait que c’est nous, les gens non exclus, qui excluons les autres. Je crois qu’il manquait cette dimension dont parle Simone Weil et qui est très importante. Il ne s’agit pas de développer la culpabilité par rapport aux gens qui sont exclus mais de comprendre le processus pour pouvoir rétablir ce lien avec les autres, sans que l’un ou l’autre se sente coupable.
    Donc, le fait de réduire l’autre à l’état de chose est quelque chose que, peut-être, les allemands, les nazis avaient bien saisi, pendant la guerre. Il semble que cette violence et cette haine qu’ils ont développées par rapport au peuple juif, étaient dans un mouvement dans lequel ils ont essayé d’avilir et de réduire un peuple au moyen de catégories, au moyen de slogans. Cette manière de les couper, de les réduire à l’état de chose à permis à cette violence et à cette haine de surgir. Dans leur propagande, dans la mise en place de cette haine et cette violence, il y a eu cette compréhension instinctive qu’il fallait réduire l’autre à l’état de chose pour qu’à ce moment là, la porte soit grande ouverte pour tout acte de violence, puisqu’ils n’avaient plus à faire à des êtres humains de plein droit. Ce qui m’étonne dans ce processus, c’est évidemment la violence des uns, qui est incompréhensible, mais c’est aussi la réaction passive de toutes les populations qui ont vu ceci.
      Comment est-ce qu’on peut comprendre, que tant de gens ont perçu ceci sans réagir ? Je me pose souvent la question : Qu’est-ce que j’aurais fait, moi ? Sans beaucoup d’illusions d’ailleurs sur le fait que je me serais comporté beaucoup mieux que tous les gens qui ont feint d’ignorer cette situation. Les gens qui, passivement, ont vu cette souffrance se sont certainement laissés prendre par cette « chosification  » des autres et se sont sentis complètement non-concernés, à l’extérieur de ceci, empêchant tout mouvement de compassion de surgir. Donc, je crois que chaque fois qu’on se laisse aller dans ce mouvement qui consiste à ne plus reconnaître dans l’autre, un être humain parfaitement comme moi-même, dès que nous tombons dans cette attitude qui réduit l’autre à l’état de chose, nous sommes dans un mouvement qui se rend complice de la violence qui est faite aux gens exclus par notre société. Donc si je me pose cette question : Qu’est-ce que j’aurais fait dans cette situation ? La réponse est facile à donner pour moi. Il suffit de voir ce que je fais maintenant quand je vois les sans-abris. Est-ce que je les ignore ? Est-ce que j’ai la flemme d’ouvrir mon porte-monnaie pour trouver quelque chose ? La réponse pour moi est là, évidente. Pas besoin de me plonger dans un passé hypothétique. Chaque fois que je passe devant un sans-abri, devant une personne qui est dans le besoin et que je ne m’arrête pas pour reconnaître pleinement un être humain, je suis complice de cette violence qui est, par la force de la société, sans considération pour les plus faibles et les démunis. Il ne s’agit pas de ce qu’on donne ou pas. Il s’agit de ce rapport humain qu’on peut rétablir, de briser cet écran que crée l’exclusion. Je ne dis pas que c’est toujours nous qui créons cet écran, car la personne l’a peut être aussi créé pour se protéger. Lorsqu’on peut traverser cet écran, il se passe toujours quelque chose de magique ou de miraculeux, comme disait Simone Weil. Et ma petite expérience de ceci m’amène des réflexions extraordinaires. Ce mouvement est toujours à deux voies. Lorsque je reconnais l’autre comme un être humain, lorsque l’écran est brisé, il me reconnaît exactement de la même manière et je suis autant nourri par le regard de l’autre que ce que je lui apporte par mon propre regard. Dans la vie quotidienne, les gens les plus réels que je peux rencontrer, les plus touchants, sont toujours ces gens démunis quand j’arrive à briser cet écran qui les range en catégorie ou en classe.  
     Voici deux anecdotes pour décrire un petit peu ceci et que j’ai eues dans le récit de jeunes qui ont fait le tour du monde. Ils décrivent leur visite dans une école au Bengladesh où des instituteurs avaient monté des écoles dans la rue pour s’occuper d’enfants démunis dont personne ne s’occupait. Ils avaient simplement à l’aide de quelques toiles formé des petites surfaces et ainsi fait une école où ils enseignaient à ces enfants qui étaient extrêmement disciplinés car pour eux c’était extraordinaire de pouvoir aller à l’école. Lorsque ces jeunes se sont rendus dans cette école pour voir ce qui se passait, à la fin, les enfants ont crié  » pen, pen, pen !  » ce qui évidemment veut dire stylos, crayons (on rencontre beaucoup ça en Asie) et ces jeunes ont demandé aux instituteurs « est-ce qu’ils veulent des crayons ?  » Il a répondu : « non, ce qu’ils veulent c’est que vous écriviez leurs noms en anglais sur une petite feuille de papier « . Alors, ils se sont mis à écrire en anglais le nom de chaque petit écolier ou écolière et les leur ont donnés.  Les enfants étaient tellement contents parce qu’ils étaient devenus quelqu’un, ils avaient un nom, écrit en anglais sur une feuille de papier. Imaginez ce que c’est pour un gosse des rues du Bengladesh d’avoir son nom écrit en anglais ! C’était, tout d’un coup, devenir quelqu’un. Donc, il y avait dans ce mouvement, la reconnaissance de quelqu’un à part entière, et c’est ce qu’ils demandaient avec beaucoup de subtilité, beaucoup de perception. Ce qui leur manquait, c’est le fait d’être reconnus.
     Dans l’autre anecdote, un des jeunes raconte que lorsqu’ils sont partis de ce quartier, une petite fille a sauté sur leur rickshaw pour leur vendre des bonbons. Ce jeune homme n’avait aucune intention d’en acheter et au bout d’un moment, il s’est rendu compte que ce qui était en jeu ici n’était pas le fait d’acheter des bonbons ou pas, c’est que cette petite fille, finalement, demandait de l’attention. Alors, il s’est mis à jouer avec elle en la reconnaissant comme vraiment quelqu’un à part entière. Au bout d’un moment, la petite fille a sauté hors du rickshaw, a pris une poignée de bonbons et les a jetés sur les genoux du jeune homme, donc sans paiement… Elle avait reçu ce qu’elle demandait, c’est à dire, la reconnaissance en tant qu’être humain à part entière. Joyeuse, elle a pu alors, à ce moment là, donner quelque chose. Donc, ceci est la partie la plus importante de la pratique de la compassion : arriver à établir ce lien avec l’autre personne, surtout dans une situation difficile. Lorsque ce lien est établi, à ce moment là, spontanément, il se passe quelque chose qui est de l’ordre de la compassion.
     Dans la tradition bouddhique, on donne quelques indications pour briser cette barrière qui sépare le moi, d’autrui qui souffre. Très souvent, dans la pratique de Metta, on peut être invité à reconnaître dans les autres personnes, son propre enfant, c’est une manière d’essayer d’établir le lien. D’autres textes nous demandent de voir les autres personnes comme nos amis ou notre propre mère. On se rend bien compte que tous ces artifices techniques sont là pour essayer de rétablir le lien où il a pu être brisé, pour que surgisse soit l’amour, soit la compassion. Mais Shantideva, lui va plus loin. Il dit :  » il faut reconnaître dans l’autre moi ; voir dans l’autre un moi et voir en soi-même autrui « .    
    Donc, il y a là un renversement de cette position de moi et d’autrui, qui pour shantideva est le suprême mystère. Je ne veux pas aborder techniquement tous les aspects de cette pratique et de cet échange mais vous donner quelques réflexions et vous inviter à les pratiquer pour que ce renversement puisse se faire de la position de moi à autrui. Il est évident que rien ne va changer en ce qui concerne mes qualités, mes caractéristiques, ni celles d’autrui, de même que si j’appelle un endroit ici et un autre là-bas et que je me déplace, rien n’a changé dans les lieux mêmes, seulement la position, la manière de voir. Pour être un petit peu introduit à cette pratique, le premier élément est de développer le sens d’autrui par rapport à soi, de ne plus croire que la seule possibilité de se percevoir c’est avec le sens de moi mais de se percevoir avec le sens d’autrui et déjà, peut-être, de découvrir combien ceci apporte de légèreté, combien le fait de se saisir avec le sens de moi est lourd, exigeant (rien de plus exigeant que le moi) et lorsqu’on change d’attitude et qu’on commence à développer ce sens d’autrui en ce qui nous concerne, on peut commencer à sentir la légèreté et les conséquences de ceci. Imaginez que vous entrez dans un café, dans un restaurant. Vous êtes reçus par un garçon et vous allez vous asseoir à une table. Ce garçon ainsi que les gens du restaurant ne se disent pas  » tiens, voilà moi qui entre « , ils disent  » voilà un autre, une autre personne. » Et pourtant, nous continuons à nous percevoir en nous disant : « j’entre » comme si quelque chose de très important était en train de se passer parce que « j’entre » Si nous renversons ce regard, nous commençons à réaliser que, quand j’entre dans un endroit, c’est une autre personne qui entre pour les gens du restaurant. Commencez à sentir cette manière qu’ont tous les autres, qui sont la majorité, de me percevoir en chaque situation comme simplement étant autrui. Faites-le dans la vie quotidienne, pas besoin d’être en profonde méditation, il n’y a pas besoin d’être assis dans une position particulière pour s’habituer à sentir cette dimension d’autrui qu’il y a en nous-mêmes. Combien le fait de quitter cette position forte du sens de moi en l’échangeant avec cette position, cette notion d’autrui, amène de la légèreté, une plus grande aisance, et moins de demande et d’exigence. Je ne vais pas passer à la deuxième étape : comment développer le sens de moi en ce qui concerne autrui ? qui demanderait un peu plus d’explications. Je crois que, déjà, cet aspect de la pratique est extrêmement riche. Quand j’ai parlé ce matin de la notion de  » mort  » par exemple, la façon d’utiliser cette notion  » d’autrui  » éclaire la mort d’une manière très particulière. Si j’étais malade et que je devais réfléchir à ma propre mort, (avec toute l’importance que j’attache à la disparition de ce moi), et que je me dis, « c’est simplement un être, un autrui qui va disparaître. Il y en a encore tellement d’autres qui restent sur cette planète, quelle importance ça peut avoir qu’un être disparaisse. » Donc, il y a dans le fait de considérer sa propre mort une importance démesurée. Shantideva disait :  » à l’origine de toute souffrance, je ne connais qu’une seule cause c’est l’attachement à soi-même « , dans le cas de la mort, on le remarque très précisément. Si on arrive à élargir cette perspective et à considérer sa propre mort comme la mort d’une personne et pas la mort de tout le genre humain, à ce moment là, il y a une bien plus grande légèreté.  » Pourquoi donner autant d’importance à la disparition d’une seule personne. Peut-être que ce jour-là, beaucoup d’autres personnes sont nées pour me remplacer. » 
     Il faut changer de perspective afin de ne pas être constamment et uniquement préoccupé ou complètement enfermé dans cette situation où seul le moi a une importance et où tous les autres n’ont d’importance que par rapport à ce moi.
Charles Genoud
 

Le bonheur

…..

Le bonheur ne se trouve pas

avec effort et volonté,

Mais réside là, tout proche,

Dans la détente et l’abandon,

Ne soit pas inquiet, il n’y a rien à faire.

Tout ce qui s’élève dans l’esprit

n’a aucune importance

Parce que dépourvu de toute réalité.

Ne t’attache pas aux pensées, ne les juge pas.

Laisse le jeu de l’esprit se faire tout se seul,

S’élever et retomber,

Sans intervenir.

Tout s’évanouit et recommence à nouveau,

sans cesse.

Cette quête même du bonheur

est ce qui t’empêche de le trouver.

Comme un arc-en-ciel qu’on poursuit

sans jamais le rattraper.

Parce qu’il n’existe pas,

parce qu’il a toujours été là,

Et parce qu’il t’accompagne à chaque instant.

Ne crois pas à la réalité des choses

bonnes ou mauvaises,

Elles sont semblables aux arcs-en-ciel.

A vouloir saisir l’insaisissable,

on s’épuise en vain.

Dès lors qu’on relâche cette saisie,

l’espace est là,

Ouvert, hospitalier et confortable.

Alors jouis-en.

Ne cherche plus.

Tout est déjà tien.

A quoi bon aller traquer

dans la jungle inextricable,

L’éléphant qui demeure tranquillement chez lui.

Cesse de faire.

Cesse de forcer.

Cesse de vouloir.

Et tout se trouvera accompli,

Naturellement.

 ……….

Lama Guendune Rinpoché

……..

………..

Être et Avoir

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vue de l’intérieur

Peut-on Être et Avoir ? Être sans Avoir ? Avoir sans Être ?

 Avoir peut se décliner sur plusieurs tonalités …toujours dans l’acquisition… dans l’accumulation, dans la possession…Quelque chose que je  m’appartiens …

….

 Avoir de l’argent, un travail, une belle voiture, une grande maison…

 Avoir envie, peur, de la peine, des états d’âme, de grandes émotions, de beaux et louables sentiments…

 Avoir du courage, de la force, de la compassion…et aussi Avoir l’air de…mais pas la chanson… !!!

 Avoir est mon capital !!!…ma richesse extérieure…ce qui, contre toute apparence,  ne m’appartiens pas…ne fait pas partie de moi…

 Être désigne l’état plutôt que la « chose », l’émotion ou  la qualité… implique  une intention… résulte d’une façon d’être au monde…suppose  une connexion intérieure…se situe davantage dans l’incarnation.

 Être courageux, généreux, ouvert, triste, présent, conscient, présent….

 Être est ma situation à un moment donné…reflet d’un instant…Présent.

 Cependant quand on commence à le conjuguer, il ressemble comme deux gouttes d’eau à son voisin Avoir. Serait-ce parce que ce  « Je suis » s’inscrit dans la durée…dans le temps. Je suis l’Avoir et l’Être à la fois…

 L’idéal serait de se situer toujours dans l’ « Être » passage éphémère…Présence intemporelle..

 Mais par exemple, pour « bien » chanter il faut « Avoir » une posture adéquate, ouverte, verticale… il faut « Avoir » un corps capable de soutenir la voix, le souffle…. il faut « Avoir »  un souffle fluide, qui circule librement… « Avoir » une intention  sans faille, une attention totale…cependant cet « Avoir » là n’est jamais acquis, donné, il se conjugue dans la conquête de l’instant  renouvelé…du toujours recommencé…de l’expérience neuve à tout moment.

….

 L’« Avoir », se nourrit du temps qui passe. 

 «J’ai eu » et me voici tout à coup projeté dans le regret et le manque de la perte…

« J’ai » et je ne veux pas renoncer à ce que j’ai…je n’accepte pas que le changement entre en jeu…

« J’aurai bientôt »… je suis dans le désir, oscillant d’un je n’y arriverai jamais au bientôt cela sera parfait…

….

« Avoir » des qualités pourrait aider à devenir l’Être… ???

Où le fait d’Être développe-t-il ces qualités… ???

Alors ne rien Avoir conduit à Être tout simplement sans plus de questions ni de pensées.

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