Archives de Tag: Silence

Adyashanti – Le silence

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Les vagues de l’esprit exigent tant du Silence.
Mais il ne répond pas,
n’offre ni réponse,
ni argumentation.
Il est l’auteur secret
de chaque pensée,
chaque sentiment,
chaque instant.

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Le Silence.

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Il n’émet qu’un seul mot.
Ce mot est cette existence même.
Aucun nom que vous Lui donnez
ne Le touche,
ne Le saisit.
Aucune compréhension
ne peut L’embrasser.

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Le mental s’y jette
demandant qu’on le laisse rentrer,
mais aucun mental ne peut pénétrer
Son obscurité rayonnante
Sa vacuité pure et souriante.

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Le mental se déverse
dans des questions sacrées,
mais le Silence reste
indemne de toutes crises.
Il ne demande que… rien.

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Rien.

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Mais vous ne Lui donnerez pas,
car c’est là, votre dernière carte,
et vous préféreriez Lui
donner vos exigences plutôt
que vos mains sacrées, vides

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Adyashanti – Conscience pure et méditation véritable

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Gratitude….!!!

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De retour de six semaines d’errances méditatives et yogiques….Le cœur grand ouvert et empli de gratitude…

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Un grand merci à Sylviane Gianina pour son stage sur « l’espace du cœur » et ce qu’elle transmet et est.

Contact ICI

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Un autre grand MERCI à Charles et Patricia Genoud pour leurs retraites vipassana, leur Présence, leur Intégrité et leur Bienveillance.

Tout savoir ICI

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Sensation

Sensation


Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,

Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :

Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :

Mais l’amour infini me montera dans l’âme,

Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,

Par la Nature, heureux comme avec une femme.

Arthur Rimbaud

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Satprem – Pouvoir du silence

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  Notre silence intérieur a un pouvoir. Si, au lieu de répondre à la vibration qui nous vient, nous restons dans une immobilité intérieure absolue, nous verrons que cette immobilité dissout la vibration; c’est comme un champ de neige autour de soi, où tous les heurts sont saisis, annulés. Nous pouvons prendre l’exemple simple de la colère; au lieu de nous mettre à vibrer intérieurement à l’unisson de celui qui parle, si nous savons rester immobile au–dedans, nous verrons la colère de l’autre se dissoudre peu à peu, comme une fumée…Seulement, il ne s’agit pas d’avoir un masque impassible et de bouillonner en dedans; on ne triche pas avec les vibrations (la bête le sait bien); il ne s’agit pas de la soi–disant « maîtrise de soi », qui n’est qu’une maîtrise des apparences, mais de la vraie maîtrise, intérieure. Et ce silence peut annuler n’importe quelle vibration pour la simple raison que toutes les vibrations, de quelque ordre qu’elles soient, sont contagieuses, les vibrations les plus hautes comme les plus basses, notons–le; c’est ainsi que le Maître peut transmettre des expériences spirituelles ou un pouvoir à un disciple et il dépend de nous d’accepter la contagion ou non; si nous avons peur, c’est que déjà nous avons accepté la contagion, et donc accepté le coup de l’homme en colère.
    Mais ce pouvoir de silence ou d’immobilité intérieure a des applications beaucoup plus importantes; nous voulons parler de notre propre vie psychologique. Ce vital, nous le savons, est le lieu de bien des misères et des perturbations, mais aussi la source d’une grande force; il s’agit donc – un peu comme dans la légende indienne du cygne qui séparait l’eau du lait – d’extraire la force de vie sans ses complications et sans s’extraire soi–même de la vie.
    Faut–il dire que les vraies complications ne sont pas dans la vie mais en nous–même, et que toutes les circonstances extérieures sont à l’exacte image de ce que nous sommes. Or, la grosse difficulté du vital est qu’il s’identifie faussement à tout ce qui semble sortir de lui, il dit: « ma » peine, « ma » dépression, « mon » tempérament, « mon » désir, et se prend pour toutes sortes de petits je qui ne sont pas lui. Si nous sommes persuadés que toutes ces histoires sont notre histoire, il n’y a rien à faire, évidemment, qu’à supporter la petite famille jusqu’à ce qu’elle ait fini sa crise. Mais si l’on est capable de faire le silence au dedans, on voit bien que rien de tout cela n’est à nous; tout vient du dehors.. Nous accrochons toujours les mêmes longueurs d’onde, nous nous laissons gagner par toutes les contagions. Par exemple, nous sommes en compagnie de telle ou telle personne, nous sommes tout silencieux et immobile au–dedans (ce qui ne nous empêche pas de parler au–dehors et d’agir normalement), tout à coup, dans cette transparence, nous sentons quelque chose qui nous tire ou qui cherche à entrer en nous, comme une pression ou une vibration autour (qui peut se traduire par un malaise indéfinissable), si nous attrapons la vibration, nous nous retrouvons, cinq minutes après, en train de lutter contre une dépression, ou d’avoir tel désir, telle fébrilité – nous avons attrapé la contagion. Et quelquefois, ce ne sont même pas des vibrations, ce sont de véritables vagues qui nous tombent dessus. Il n’est pas besoin, non plus d’être en compagnie pour cela; on peut être seul dans l’Himalaya et recevoir aussi bien les vibrations du monde. Où est « notre » fébrilité, « notre » désir là–dedans ? Sinon dans une habitude d’accrocher indéfiniment les mêmes impulsions.
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Satprem – Sri Aurobindo  ou L’Aventure de la Conscience

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Etes-vous prêt à aimer ? (Le film de la Journée de la Compassion)

DilgoKhyentsé Rinpotché – L’esprit

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      Ce qu’on appelle communément « esprit » est un tourbillon de pensées qui oscillent entre l’attachement et le rejet, la joie et la peine. Ces pensées entretiennent en nous un état de confusion qui,  à son tour, perpétue les cycles des existences. Contrairement à la conscience éveillée, ce flot de pensées nous entraîne continuellement d’une illusion à une autre. Des sentiments de désirs et de haine surviennent soudain, provoqués par des circonstances les plus diverses comme la rencontre imprévue d’un ami ou d’un ennemi. Si on ne les contrecarre pas immédiatement au moyen d’un antidote approprié, ils s’enracinent et prolifèrent en renforçant le pouvoir des émotions perturbatrices et en créant toujours plus de souffrance aux conséquences malheureuses. Pourtant, quelque que soit leur force apparente, il ne s’agit que de pensées qui finiront par disparaître en révélant leur nature vide. Dès que nous reconnaissons la véritable nature de l’esprit, les pensées qui semblent apparaître et disparaître sans jamais cesser ne peuvent plus nous impressionner ni nous leurrer. Comme les nuages d’été qui se forment dans le ciel, , y demeurent un moment, puis se dissolvent dans l’espace, les pensée éphémères s’élèvent en nous, demeurent un instant, puis s’évanouissent dans la dimension vide de l’esprit. En fait, rien ne s’est véritablement passé.

       Quand un rayon de soleil traverse un morceau de cristal, il provoque l’apparition de lumières irisées, claires, brillantes et néanmoins sans substance. De même, les pensées, dans leur infinie variété, qu’elles soient de désir, de dévotion, de compassion, de méchanceté ou autres, sont impalpables, insaisissables ; il n’en est aucune qui ne soit pas pure vacuité. Si vous savez reconnaître cela au moment même où les pensées surgissent, ces dernières s’évanouiront. La haine qu’elles expriment, par exemple, ne pourra plus vous ébranler, et les autres émotions perturbatrices cesseront d’elles-mêmes. Vous ne commettrez plus d’actes malveillants, et, par conséquent vous ne causerez plus de souffrance.

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DilgoKhyentsé  Rinpotché – Le trésor du cœur des êtres éveillés

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Eckhart Tolle – Observer le penseur

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    Lorsque quelqu’un va chez le médecin et lui dit qu’il entend des voix, celui-ci l’enverra fort probablement consulter un psychiatre. Le fait est que, de façon très similaire, presque tout le monde entend en permanence une ou plusieurs voix dans sa tête et qu’il s’agit du phénomène involontaire de la pensée que vous ne réalisez pas avoir le pouvoir d’arrêter. Ce ne sont que monologues ou dialogues continuels.

      Il vous est certainement déjà arrivé de croiser dans la rue des déments qui parlent sans arrêt tout haut ou tout bas. En réalité, ce n’est pas très différent de ce que vous et tous les gens « normaux » faites, sauf que vous le faites en silence. La voix passe des commentaires, fait des spéculations, émet des jugements, compare, se plaint, aime, n’aime pas, et ainsi de suite. Ce que cette voix énonce ne correspond pas automatiquement à la situation dans laquelle vous vous trouvez dans le moment. Elle ravive peut-être un passé proche ou lointain ou bien alors imagine et rejoue d’éventuelles situations futures. Dans ces moments-là, la voix imagine souvent que les choses tournent mal et envisage des résultats négatifs. C’est ce que l’on appelle l’inquiétude. Cette bande sonore s’accompagne parfois d’images visuelles ou de « films mentaux ». Et même si ce que la voix dit correspond à la situation du moment, elle l’interprétera en fonction du passé. Pourquoi ? Parce que cette voix appartient au conditionnement mental, qui est le fruit de toute votre histoire personnelle et celui de l’état d’esprit collectif et culturel dont vous avez hérité. Ainsi, vous voyez et jugez dorénavant le présent à travers les yeux du passé et vous en avez une vision totalement déformée. Il est fréquent que, chez une personne, cette voix intérieure soit son pire ennemi. Nombreux sont les gens qui vivent avec un bourreau dans leur tête qui les attaque et les punit sans cesse, leur siphonnant ainsi leur énergie vitale. Ce tyran est à l’origine des innombrables tourments et malheurs, ainsi que de toute maladie.

      Mais la bonne nouvelle dans tout cela, c’est que vous pouvez effectivement vous libérer du mental. Et c’est là la seule véritable libération. Vous pouvez même commencer dès maintenant. Écoutez aussi souvent que possible cette voix. Prêtez particulièrement attention aux schémas de pensée répétitifs, à ces vieux disques qui jouent et rejouent les mêmes chansons peut-être depuis des années. C’est ce que j’entends quand je vous suggère « d’observer le penseur ». C’est une autre façon de vous dire d’écouter cette voix dans votre tête, d’être la présence qui joue le rôle de témoin.

      Lorsque vous écoutez cette voix, faites-le objectivement, c’est-à-dire sans juger. Ne condamnez pas ce que vous entendez, car si vous le faites, cela signifie que cette même voix est revenue par la porte de service. Vous prendrez bientôt conscience qu’il y a la voix et qu’il y a quelqu’un qui l’écoute et qui l’observe. Cette prise de conscience que quelqu’un surveille, ce sens de votre propre présence, n’est pas une pensée. Cette réalisation trouve son origine au-delà du « mental ».

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Eckhart Tolle  – Le Pouvoir du  Moment Présent

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Le Silence du Bouddha

Neale Donald Walsch – Conversation avec Dieu

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« J’ai tant de choses à demander. J’ai tellement de questions. Je suppose que je devrais commencer par les grandes, les plus évidentes. Comme celle-ci : pourquoi le monde est-il dans un tel état?

      De toutes les questions que l’homme a posées à propos de Dieu, c’est la plus fréquente. Il la pose depuis le début des temps. Depuis le premier instant, tu as voulu savoir pourquoi cela doit-il être ainsi.

      La formulation classique de la question est habituellement quelque chose comme : Si Dieu  est perfection et amour, pourquoi Dieu a-t-Il créé la peste et la famine, la guerre et la maladie, les tremblements de terre, les tornades et les ouragans, et toutes sortes de désastres naturels, de profondes déceptions personnelles et de calamités mondiales?

La réponse à cette question réside dans le plus profond mystère de l’univers et la signification la plus élevée de la vie.

      Je ne montrerais pas Ma bonté si je ne créais que ce que tu appelles la perfection tout autour de toi Je ne montrerais pas Mon amour si je ne te laissais pas démontrer le tien.

      Comme Je l’ai déjà expliqué, tu ne peux faire montre d’amour à moins de pouvoir faire montre de non-amour. Une chose ne peut exister sans son contraire, sauf dans le monde de l’absolu. Cependant, le royaume de l’absolu n’était suffisant ni pour toi ni pour Moi. J’existais là, dans le toujours, et c’est de là que tu viens, toi aussi.

      Dans l’absolu, il n’y a aucune expérience, que de la connaissance. La connaissance est un état divin, mais la plus grande joie se trouve dans l’être. Être, cela ne s’atteint qu’à travers l’expérience. L’évolution est telle : connaître, faire l’expérience, être. C’est la Sainte Trinité – la Trinité qu’est Dieu.

      Dieu le Père est la connaissance : le parent de toute compréhension, celui qui engendre toute expérience, car tu ne peux faire l’expérience de ce que tu ne connais pas.

      Dieu le Fils est l’expérience : l’incarnation, l’action de tout ce que le Père connaît de Lui-même, car tu ne peux être ce dont tu n’as pas fait l’expérience.

      Dieu le Saint Esprit est l’être : la désincarnation de tout ce dont le Fils a fait de Lui-même l’expérience; le fait, simple et exquis, d’être, qui n’est possible que dans la souvenance d’avoir fait l’expérience et de connaître.

      Ce simple fait d’être est la béatitude. C’est l’état de Dieu après qu’Il Se soit connu et qu’Il ait fait l’expérience de Soi. C’est ce à quoi Dieu aspirait au commencement.

Bien entendu, tu n’as plus à te faire expliquer que le fait de décrire Dieu en termes de père et fils n’a rien à voir avec le sexe. J’utilise ici le langage pittoresque de vos textes sacrés les plus récents. Des textes sacrés beaucoup plus anciens plaçaient cette métaphore dans un contexte de mère et fille. Ni les uns ni les autres ne sont justes. Ton esprit est à même de saisir la relation en termes de parent et de progéniture, entre ce-qui-donne-naissance-à et ce-qui-prend-naissance.

      En ajoutant la troisième partie de la Trinité, on obtient cette relation : Ce qui donne naissance à / Ce qui prend naissance / Ce qui est.

      Cette réalité trine est la signature de Dieu. C’est le modèle divin. Le trois-en-un se trouve partout dans les domaines du sublime. II est impossible d’y échapper en ce qui concerne le temps et l’espace, Dieu et la conscience, ou toutes les relations sublimes. D’autre part, tu ne trouveras la Vérité trine dans aucune des relations rudimentaires de la vie.

      Tous ceux qui sont en contact avec ces relations reconnaissent la Vérité trine dans les relations subtiles de la vie. Certains de vos spécialistes de la religion ont décrit la Vérité trine comme étant le Père, le Fils et le Saint Esprit. Certains de vos psychiatres utilisent les termes supra-conscient, conscient et subconscient. Certains de vos spiritualistes disent esprit, corps et âme. Certains de vos scientifiques voient de l’énergie, de la matière et de l’éther. Certains de vos philosophes disent qu’une chose n’est vraie pour vous que si elle est vraie en pensée, en parole et en action. Au niveau du temps, vous en considérez trois : passé, présent, futur. De même, vous percevez trois moments : avant, maintenant et après. En termes de relations spatiales, que vous considériez les points de l’univers ou de votre propre chambre, vous reconnaissez : ici, là et l’espace entre les deux.

      Dans le monde des relations rudimentaires, vous ne reconnaissez aucun «intermédiaire».   C’est parce que les relations rudimentaires sont toujours des dyades, tandis que les relations du domaine supérieur sont invariablement des triades. Par conséquent, il y a gauche-droite, haut-bas, gros-petit, rapide-lent, chaud-froid, et la plus grande dyade jamais créée : mâle-femelle. Ces dyades ne comprennent aucun intermédiaire. Une chose est ceci ou cela, ou une version plus ou moins grande en relation avec l’une de ces polarités.

      Dans le domaine des relations rudimentaires, aucun concept ne peut exister sans son contraire. La plus grande part de votre expérience quotidienne tire ses fondements de cette réalité.

     Dans le domaine des relations sublimes, rien de ce qui existe n’a de contraire. Tout Est un et tout évolue de l’un à l’autre en un cercle sans fin.

      Le Temps est l’un de ces domaines sublimes dans lequel ce que tu appelles le passé, le présent et le futur existent de façon interrelationnelle. C’est-à-dire : ce ne sont pas des contraires, mais plutôt des parties du même tout; des progressions de la même idée; des cycles de la même énergie; des aspects de la même Vérité immuable. Si tu en conclus que le passé, le présent et le futur existent en un seul et même «temps», tu as raison. (Mais ce n’est pas le moment de parler de cette question. Nous pourrons l’aborder de façon beaucoup plus détaillée quand nous explorerons tout le concept du temps; ce que nous ferons plus tard.)

      Le monde est dans l’état où il se trouve parce qu’il ne pourrait en être autrement dans le domaine rudimentaire de la matérialité. Les tremblements de terre et les ouragans, les inondations et les tornades, ainsi que les autres phénomènes que vous appelez désastres naturels, ne sont que des mouvements des éléments d’une polarité à l’autre. Tout le cycle naissance-mort fait partie de ce mouvement. Ce sont les rythmes de la vie, et toute la réalité rudimentaire leur est soumise, car la vie même est un rythme. C’est une vague, une vibration, une pulsation au cœur même de Tout Ce Qui Est.

      La maladie et le mal-être sont des contraires de la santé et du bien-être, et c’est sur votre ordre qu’ils se manifestent dans votre réalité. Vous ne pouvez tomber malades sans, à un certain niveau, vous rendre malades, et vous pouvez recouvrer la santé, en un instant : il suffit de le décider. Les profondes déceptions personnelles sont des réactions que vous avez choisies, et les calamités mondiales sont les résultats d’une conscience mondiale.

      Ta question laisse entendre que Je choisis ces événements, que c’est Ma volonté et Mon désir de les provoquer. Cependant, Je ne fais pas arriver ces choses, Je Me contente de vous observer en train de les faire. Et Je ne fais rien pour les arrêter, car ce serait contrecarrer votre volonté. En retour, cela vous priverait de l’expérience de Dieu, qui est l’expérience que vous et Moi avons choisie ensemble.

      Par conséquent, ne condamne pas tout ce que tu qualifierais de mauvais en ce monde. Interroge-toi plutôt sur ce que tu as trouvé mauvais à propos de ces choses, et ce que tu veux faire pour les changer, s’il y a lieu.

      Interroge l’intérieur, plutôt que l’extérieur, en te demandant : «De quelle partie de mon Soi est-ce que Je veux faire l’expérience, à présent, devant cette calamité? Quel aspect de l’être est-ce que Je choisis d’invoquer?» Car la vie n’est qu’un outil de ta propre création, et tous ses événements ne sont que des occasions, pour toi, de décider et d’être Qui Tu Es. »

       La maladie et le mal-être sont des contraires de la santé et du bien-être, et c’est sur votre ordre qu’ils se manifestent dans votre réalité. Vous ne pouvez tomber malades sans, à un certain niveau, vous rendre malades, et vous pouvez recouvrer la santé, en un instant : il suffit de le décider. Les profondes déceptions personnelles sont des réactions que vous avez choisies, et les calamités mondiales sont les résultats d’une conscience mondiale.

      Ta question laisse entendre que Je choisis ces événements, que c’est Ma volonté et Mon désir de les provoquer. Cependant, Je ne fais pas arriver ces choses, Je Me contente de vous observer en train de les faire. Et Je ne fais rien pour les arrêter, car ce serait contrecarrer votre volonté. En retour, cela vous priverait de l’expérience de Dieu, qui est l’expérience que vous et Moi avons choisie ensemble.

      Par conséquent, ne condamne pas tout ce que tu qualifierais de mauvais en ce monde. Interroge-toi plutôt sur ce que tu as trouvé mauvais à propos de ces choses, et ce que tu veux faire pour les changer, s’il y a lieu.

      Interroge l’intérieur, plutôt que l’extérieur, en te demandant : «De quelle partie de mon Soi est-ce que Je veux faire l’expérience, à présent, devant cette calamité? Quel aspect de l’être est-ce que Je choisis d’invoquer?» Car la vie n’est qu’un outil de ta propre création, et tous ses événements ne sont que des occasions, pour toi, de décider et d’être Qui Tu Es.

      C’est vrai pour toutes les âmes : tu vois donc qu’il n’y a aucune victime dans l’univers, il n’y a que des créateurs. Tous les Maîtres qui ont foulé le sol de cette planète savaient cela. C’est pourquoi aucun d’eux ne s’est pris pour une victime, bien que plusieurs aient été crucifiés.

      Toute âme est un Maître, bien que certaines ne se rappellent pas leurs origines ou leur héritage. Cependant, chacune crée, à chaque instant appelé maintenant, sa situation et les circonstances de sa vie, en fonction de son propre but et de la rapidité avec laquelle elle se rappelle.

      Ne juge donc pas la voie karmique parcourue par un autre. N’envie pas le succès, ne plains pas l’échec, car tu ne sais pas ce qu’est le succès ou l’échec aux yeux de l’âme.  N’appelle une chose ni calamité, ni événement joyeux, avant d’avoir décidé, ou été témoin, de la façon dont elle est utilisée. Car une mort est-elle une calamité si elle sauve la vie de milliers de gens? Une vie est-elle un événement joyeux si elle n’a causé que de la peine? Même cela, tu ne dois pas le juger, mais toujours le garder pour toi et laisser faire les autres.

      Cela ne veut pas dire ignorer un appel à l’aide, ni le besoin de ta propre âme de travailler au changement d’une situation ou d’une condition. Cela veut dire agir en évitant les étiquettes et les jugements. Car chaque situation est un cadeau et dans toute expérience est caché un trésor.

       Il y avait jadis une âme qui se savait lumière. Comme c’était une âme neuve, elle avait hâte de faire des expériences. «Je suis la lumière, disait-elle. Je suis la lumière.» Mais elle avait beau le savoir et le dire, cela ne remplaçait pas l’expérience de la chose. Et dans le royaume d’où émergeait cette âme, il n’y avait que de la vie. Chaque âme était grande, chaque âme était magnifique et chaque âme luisait de l’éclat de Mon imposante lumière.  Alors, la petite âme en question était comme une chandelle au soleil. Au milieu de la plus grande lumière (dont elle faisait partie), elle ne pouvait ni se voir, ni faire elle-même l’expérience de Qui et de Ce Qu’Elle Est Vraiment.

      Alors, cette âme se mit à aspirer de plus en plus à se connaître.

      Et si grande était son aspiration qu’un jour Je lui dis: «Sais-tu, Petite, ce que tu dois faire pour satisfaire ton aspiration?»

«Quoi donc, Dieu? Quoi? Je ferais n’importe quoi!» dit la petite âme.

«Tu dois te séparer de nous, lui répondis-Je, puis tu dois invoquer l’obscurité sur toi.»

«Qu’est-ce que l’obscurité, ô Divin?» demanda la petite âme.

«C’est ce que tu n’es pas», lui répondis-Je, et l’âme comprit.

Alors, c’est ce que fit l’âme : elle se détacha du tout, mais oui, et se rendit même dans un autre royaume. Et dans ce royaume, l’âme avait le pouvoir d’invoquer dans son expérience diverses sortes d’obscurité. C’est ce qu’elle fit.

Mais au milieu de toute l’obscurité, elle s’écria : «Père, Père, pourquoi m’as-Tu abandonnée?» Tout comme tu l’as fait, toi, à tes heures les plus sombres. Mais Je ne t’ai jamais abandonné, Je te suis toujours fidèle, prêt à te rappeler Qui Tu Es Vraiment; prêt, toujours prêt, à te ramener chez toi.

      Par conséquent, sois une lampe dans l’obscurité et ne la maudis pas.

      Et n’oublie pas Qui Tu Es au moment où tu seras encerclé par ce que tu n’es pas. Mais loue la création, au moment même où tu cherches à la changer.

      Et sache que ce que tu feras au moment de ta plus grande épreuve sera peut-être ton plus grand triomphe. Car l’expérience que tu crées est une affirmation de Qui Tu Es — et de Qui Tu Veux Être.

      Je t’ai raconté cette histoire (la parabole de la petite âme et du soleil) pour te permettre de mieux comprendre pourquoi le monde est comme il est, et comment il peut changer dès l’instant où chacun se rappelle la divine vérité de sa réalité la plus élevée.

      Alors, il y a ceux qui disent que la vie est une école et que ces choses que tu observes et dont tu fais l’expérience dans ta vie sont destinées à ton apprentissage. J’ai déjà parlé de cela et Je te le redis :

      Tu n’es pas venu en cette vie pour apprendre quoi que ce soit : tu n’as qu’à démontrer ce que tu sais déjà. En le démontrant, tu vas le dépasser et te créer à nouveau, à travers ton expérience. Ainsi, tu justifieras la vie et lui donneras un but. Ainsi, tu la sanctifieras.

 …………….

Es-tu en train de me dire que toutes les mauvaises choses qui nous arrivent, nous les avons choisies? Es-tu en train de me dire que même les calamités et les désastres du monde, nous les créons, à un certain niveau, afin de pouvoir «faire l’expérience du contraire de Ce Que Nous Sommes»? Et si c’est le cas, est-ce qu’il n’y a pas un autre moyen moins pénible (pour nous-mêmes et pour les autres) de nous créer des occasions de faire l’expérience de nous-mêmes?

      Tu as posé plusieurs questions et elles sont toutes bonnes. Prenons-les une à une.

Non, les choses que tu appelles mauvaises et qui t’arrivent, tu ne les choisis pas toutes. Pas consciemment, comme tu l’entends. Elles sont toutes de ta propre création.

      Tu es toujours en processus de création. A chaque moment. A chaque minute. A chaque jour. Comment tu peux créer, nous y reviendrons. Pour l’instant, prends seulement Ma parole : tu es une grosse machine à création et tu produis une nouvelle manifestation à la vitesse de la pensée, littéralement.

      Les événements, les incidents, les choses qui arrivent, les conditions, les situations : tout cela est créé par la conscience. La conscience individuelle est suffisamment puissante. Tu peux imaginer quel genre d’énergie créatrice se déchaîne chaque fois que deux personnes ou plus se rassemblent en Mon nom. Et la conscience collective? Alors, ça, c’est suffisamment puissant pour créer des événements et des situations d’importance mondiale, aux conséquences planétaires.

      Il ne serait pas exact de dire (au sens où tu l’entends) que tu choisis ces conséquences. Tu ne les choisis pas plus que Moi. Comme Moi, tu les observes. Et lorsque tu choisiras Qui  Tu Es, tu en tiendras compte.

      Mais il n’y a ni victimes ni méchants dans le monde. Tu n’es pas victime des choix des autres. À un certain niveau, tu as créé tout ce que tu dis détester et, l’ayant créé, tu l’as choisi. 

      C’est un niveau de pensée avancé; c’est celui que tous les Maîtres atteignent tôt ou tard. Car ce n’est que lorsqu’ils peuvent accepter la responsabilité de tout cela qu’ils accèdent au pouvoir d’en changer une partie.

      Tant que tu entretiens l’idée qu’il y a quelque chose ou quelqu’un d’autre, à l’extérieur, qui te «fait ça», tu cèdes ton pouvoir d’y changer quoi que ce soit. Ce n’est que lorsque tu dis «C’est moi qui ai fait ça» que tu peux trouver le pouvoir de le changer.

        ll est beaucoup plus facile de changer ce que tu fais que de changer ce que fait un autre.

       Pour changer une chose, quelle qu’elle soit, il faut d’abord savoir et accepter que c’est toi qui l’as choisie. Si tu ne peux accepter cela personnellement, admets-le en comprenant que tous, Nous ne faisons qu’Un. Cherche alors à créer un changement, non pas parce qu’une chose est mauvaise, mais parce qu’elle n’est plus une affirmation fidèle de Qui Tu Es.

      Il n’y a qu’une raison de faire quoi que ce soit : affirmer Qui Tu Es à l’univers.

      Lorsqu’on en fait un tel usage, la vie devient créatrice de Soi. La vie te sert à faire de ton Soi Qui Tu Es et Qui Tu as Toujours Voulu Être. De même, il n’y a qu’une raison de dé-faire quoi que ce soit : parce que ce n’est plus une affirmation de Qui Tu Veux Être. Cela ne te reflète pas. Cela ne te représente pas. (C’est-à-dire : cela ne te re-présente pas…)

      Si tu veux être fidèlement re-présenté, tu dois travailler à changer tout ce qui, dans ta vie, ne cadre pas avec l’image de toi que tu veux projeter dans l’éternité.

      Au sens le plus large, toutes les choses «mauvaises» qui arrivent sont tes propres choix.  La faute n’est pas de les avoir choisies, mais de les qualifier de mauvaises. Car en les qualifiant de mauvaises, tu dis que ton Soi est mauvais, puisque c’est toi qui les as créées.

      Comme tu ne peux accepter cette étiquette, au lieu de traiter ton Soi de mauvais, tu désavoues tes propres créations. C’est cette malhonnêteté intellectuelle et spirituelle qui te fait accepter un monde qui se trouve dans un tel état. Si tu acceptais, ou même si tu n’avais qu’un profond sentiment intérieur de ta responsabilité personnelle dans le monde, ce dernier serait fort différent. Ce serait certainement vrai si chacun se sentait responsable. C’est son évidence qui rend la chose totalement pénible et intensément ironique.

      Les calamités et les désastres naturels du monde (ses tornades et ouragans, ses volcans et ses inondations), les bouleversements physiques, ne sont pas créés par toi en particulier. Ce qui est créé par toi, c’est le degré auquel ces événements affectent ta vie.

      Il se produit dans l’univers des événements que, par aucun effort d’imagination, tu ne pourrais prétendre avoir initiés ou créés.

      Ces événements sont créés par la conscience collective de l’homme. C’est le monde entier qui, par co-création, produit ces expériences. Ce que fait chacun de vous, individuellement, c’est de les vivre en choisissant ce qu’elles signifient pour vous, s’il y a lieu, et Qui et Ce  Que Vous Êtes en relation avec elles.

      Ainsi, vous créez collectivement et individuellement la vie et l’époque dont vous faites l’expérience, dans le but de faire évoluer votre âme.

      Tu as demandé s’il y avait une façon moins pénible de vivre ce processus. La réponse est oui, mais rien dans ton expérience extérieure n’aura changé. La façon de réduire la douleur que tu associes aux expériences et aux événements terrestres (les tiens et ceux des autres) est de changer la façon dont tu les perçois. 

      Comme tu ne peux changer les événements extérieurs (car ils ont été créés par vous tous, et vous n’êtes pas suffisamment mûrs dans votre conscience pour modifier individuellement ce qui a été créé collectivement), alors tu dois changer l’expérience intérieure. C’est la voie de la maîtrise de la vie.

      Rien n’est douloureux en soi. La douleur est le résultat d’une pensée fausse. C’est une erreur de pensée.

      Un Maître peut faire disparaître la douleur la plus abjecte. En ce sens, le Maître guérit.

      La douleur résulte d’un jugement que tu as porté sur quelque chose. Retire le jugement et la douleur disparaîtra.

      Le jugement est souvent fondé sur une expérience antérieure. L’idée que tu te fais d’une chose dérive d’une idée qui lui est antérieure. Cette idée antérieure résulte à son tour d’une idée qui lui est antérieure : cette dernière vient d’une autre, et ainsi de suite, comme les cubes d’un jeu de construction, jusqu’à ce que tu reviennes, en traversant toute la salle des miroirs, à ce que J’appelle la première pensée.

      Toute pensée est créatrice et aucune pensée n’est plus puissante que la pensée originelle.      C’est pourquoi on l’appelle également, parfois, le péché originel.

      Le péché originel, c’est lorsque ta première pensée à propos d’une chose est erronée. Cette erreur est alors combinée plusieurs fois, chaque fois que tu as une deuxième ou troisième pensée à propos d’une chose. C’est le travail de l’Esprit Saint que de t’inspirer de nouvelles façons de comprendre qui peuvent te libérer de tes erreurs.

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Es-tu en train de dire que je ne devrais pas me sentir mal à propos des enfants qui meurent de faim en Afrique, de la violence et de l’injustice en Amérique, du tremblement de terre qui tue des centaines de gens au Brésil?

      Dans le monde de Dieu, il n’y a ni obligations ni interdits. Fais ce que tu veux. Fais ce qui te reflète, ce qui te re-présente sous une version plus grande de ton Soi. Si tu veux te sentir mal, sens-toi mal.

      Mais ne juge pas et ne condamne pas, car tu ne sais pas pourquoi telle chose se produit, ni à quelle fin.

      Et rappelle-toi ceci : ce que tu condamnes te condamnera et ce que tu juges, tu le deviendras un jour.

      Cherche plutôt à changer les choses (ou à appuyer des gens qui sont en train de les changer) qui ne reflètent plus ton sentiment le plus élevé de Qui Tu Es.

      Cependant, bénis tout, car tout est la création de Dieu; à travers la vie en expression, là est la création suprême.

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Neale Donald Walsch – Conversation avec Dieu

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Extrait de Conversation avec Dieu, de Neale Donald Walsch

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Elizabeth Libraire – A propos du son et de la parole comme itinéraire vers l’unité

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    L’émission d’un son porté par l’expiration permet d’aller au bout de cette dernière. Cette exploitation maximale de l’expir est particulièrement bénéfique dans la pratique yoguique, où le souffle est essentiel : ainsi, associer posture et chant védique, mantra court ou bija mantra, si la posture elle-même est juste, est très positif.

       Dans ses aspects pratiques, le yoga nous offre une série d’instruments permettant de trouver un équilibre dans notre vie physique, psychologique, mentale et de parvenir ainsi à l’Unité intérieure. Comme d’autres « voies spirituelles » où la psalmodie joue un rôle considérable pour éveiller le corps et l’âme à une dimension subtile, le yoga a magnifié l’outil phonique pour en faire une voie à part entière. Krishnamacharaya considérait cette voie du son comme la plus grande discipline (tapas), comme un moyen d’évolution fondamental et très efficace. […]
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La pratique élaborée à partir de la vibration sonore peut prendre plusieurs formes:
      – la mise en place de sons (voyelles, phonèmes – syllabes simples) pour accompagner l’expiration dans les postures
     – l’utilisation de mantra courts (bija man-tra ou mantra védiques) pour soutenir l’expiration dans la pratique posturale
     – la récitation d’un texte védique en posture assise.
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Elle s’appuie sur certaines particularités du sanscrit:
      – la richesse de son alphabet (50 phonèmes),
      – une phonétique particulière qui distribue les consonnes d’après leur lieu d’émission dans le corps, partant du plus profond (gutturales) vers le plus extérieur (labiales),
      – les correspondances établies par les textes entre les plans microcosmique et macrocosmique: les traditions shivaïte et tantrique considèrent l’univers tout entier comme issu du son primordial, chaque élément de cet univers étant représenté par une lettre ; de même, le corps humain est considéré comme un grand mantra contenant toutes les lettres de l’alphabet sanscrit,
      – l’existence d’une énergie particulière inhérente à ces phonèmes, chaque phonème portant en lui une charge qui lui est propre, issue de la fragmentation du son primordial et déterminant des résonances avec certaines parties du corps ou certains plans de l’être.
     Les sonorités particulières offertes par le sanscrit, de par la charge énergétique contenue dans les phonèmes et dans les associations de phonèmes, jouent un rôle déterminant dans les effets produits même si d’autres langues peuvent engendrer certains effets similaires (tous les sons utilisés dans ces pratiques ne sont pas exclusifs du sanscrit). […]
      Rassurons les personnes inhibées par l’émission vocale : il ne s’agit pas d’une technique vocalement complexe, les mantra se chantent ou plutôt se psalmodient sur trois notes. La préparation posturale et respiratoire qui précède les exercices contribue à poser la voix: chanter faux n’a donc plus aucune raison d’être. Au contraire, bien des élèves dépassent leur appréhension et découvre le plaisir – voire même la joie – d’émettre ces sons.
       Ces sons sont émis vocalement. Pour des personnes plus avancées, on prescrira quelquefois de les prononcer mentalement. Cette façon de faire permet alors de se concentrer sur un son ou sur un mantra aussi bien à l’expiration qu’à l’inspiration. L’effet sur la concentration est particulièrement intense. […]
      L’expérience montre que l’emploi d’un son porté par l’expiration permet généralement d’allonger celle-ci, avec toutes les conséquences qui en découlent: effet sur la détente, le recentrage, l’intériorisation, la concentration. On remarque ainsi que les postures exécutées sur l’expiration, du fait de l’allongement du souffle et de la concentration qui accompagnent l’émission du son, ont tendance à être pratiquées plus à fond dans le sens où les résistances habituelles peuvent se résoudre plus aisément.
      Dans certains mantra (notamment dans le chant védique), où chaque phrase se prononce sur un souffle, ces phrases s’enchaînent en s’allongeant progressivement : on retrouve ici la construction typique d’un prânâyâma, à visée éducative pour le souffle et déterminant tous les effets propres à l’allongement de l’expiration avec, en plus, les effets particuliers de la vibration sonore.
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Sous réserve d’appliquer une attitude juste.
      L’émission d’un son, pour être correcte et efficace, nécessite une attitude corporelle précise: une bonne conscience de l’ancrage et de la verticalité du dos, une maîtrise du diaphragme, une excellente sangle abdominale et une bonne capacité à détendre le thorax, la gorge, le visage… Des exercices préliminaires au chant sont donc recommandés pour obtenir cette maîtrise. Réciproquement, la maîtrise de l’émission vocale permet de développer la conscience de l’ancrage, la qualité du dos, de la sangle abdominale et du souffle. A l’instar de la posture qui se construit sur la double règle de sthirasukha, le son se construit sur un ancrage, une solidité du dos et de l’abdomen, et sur une bonne qualité de détente. Cette notion est fondamentale, tout particulièrement dans la pratique en assise. […]
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Des sons à manier avec précaution.
      La manipulation de ces sons devra se faire avec beaucoup de précautions car la vibration sonore démultiplie généralement les effets d’une posture ou d’une respiration.
      Un son dynamisant comme HRAIM associé à une posture d’ouverture peut rééquilibrer une personne sans énergie, mais peut aussi modifier un état d’être dans le sens d’un excès de rajas.
      De plus, la façon de régler l’émission de ces sons/vibrations – les prononcer plus ou moins fort, plus au moins haut, plus ou moins vite – détermine des effets plus ou moins apaisants ou dynamisants. Il s’agit donc là d’un savoir faire assez subtil qui nécessite d’être guidé. Ces dernières remarques sont valables également pour le chant védique. […]
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Elizabeth Libraire – A propos du son et de la parole comme itinéraire vers l’unité   – Les carnets du yoga n°222,

Source

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Elizabeth Libraire  - A propos du son et de la parole comme itinéraire vers l’unité

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François Roux – Dhārāna

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     Le danger de la dissociation entre action et contemplation, c’est le dualisme. Or la méditation n’a-t-elle pas pour objet l’unité de la personne, corps et esprit ? C’est une des richesses de la pensée orientale que de parvenir à raisonner en termes de complémentarité, là où le système de pensée occidental est fondamentalement dualiste et contradictoire.  « Non, ce n’est pas une coquille, ou une quelconque trahison de vos yeux fatigués! Vous avez bien lu, le titre de cette brève étude est un mot-valise « la contemplaction ».
      Pourquoi ce néologisme, forgé de toutes pièces, sinon parce que, en quatre petites syllabes, il résume ce que plusieurs milliers de syllabes vont essayer de vous préciser dans les pages suivantes. Et surtout, parce que, en Occident, ce concept n’existe pas, bien que l’espèce des « contemplactifs » ait compté quelques très grands noms à travers notre histoire (à vous de les trouver…).
       Mais, c’est un fait, depuis des siècles, l’actif et le contemplatif s’ignorent dans notre culture, quand ils ne s’excluent pas, tout bonnement, l’un l’autre. […]

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Dhārāna, le point d’appui électif  
      Ce terme technique du yoga est généralement rendu en français par le mot « concentration », héritage de la scholastique médiévale. Le mot a mal vieilli, c’est le moins qu’on puisse dire, qui induit chez l’Occidental d’aujourd’hui l’idée de tension, de resserrement, de crispation, d’effort douloureux: tout juste l’inverse de ce que la méditation est censée apporter.
      Il faut, à l’évidence, revenir au terme sanskrit, Dhārāna, c’est « ce qui porte, ce qui soutient », substantif féminin dérivé de la racine-verbe dhri dont les sens sont nombreux, mais convergent tous vers la double signification de soutien et de maintien (on la retrouve dans le mot dharma, au sens de ce qui « soutient » une existence).
      Voilà donc un son de cloche bien différent de notre triste « concentration », qu’on se trouvera bien de ne pas utiliser telle quelle. Mieux vaut parler de recentrage de l’attention, en se souvenant que cette qualité d’attention est, fondamentalement, a-tension. Pour les mêmes raisons, on notera que ekāgratā, processus dynamique de réunification du mental mis en œuvre dans dhārāna, signifie très exactement « le fait de n’avoir qu’un seul but », en y ajoutant une nuance d’affinement, de fine pointe (aigre).
      Ces précisions sémantiques sont-elles nécessaires ? Sans aucun doute. Car cette vision plus juste de dhārāna va grandement nous aider à comprendre, en partant de la méditation assise, la vraie nature de la méditation dans l’action. Méditer en action est, en effet, le suprême paradoxe. Comment « avoir » une occupation sans « être » occupé (au sens, par exemple, ou un pays est occupé par l’ennemi)?
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Attention et conscience
      Qu’il soit d’abord parfaitement clair, qu’avant de méditer en action, il convient de pratiquer sérieusement et longuement une forme ou une autre d’assise méditative. C’est la seule manière -sauf don karmique exceptionnel- d’expérimenter dans la simplicité et le calme, les deux piliers de la méditation que sont l’attention détendue et la conscience ouverte. […]

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Joie et compassion
      Dans cette approche de la méditation en action, il est déterminant de ne « faire semblant » à aucun moment – or c’est ce que nous fait subtilement faire notre « cinéma » mental. L’homme accumule du karma , parce qu’il ne vit pas complètement ce qu’il vit. L’inachevé continue à vivre dans le mental. C’est au cœur de l’action que nous pouvons nous libérer des actes, car seul le plein vécu ne laisse aucune trace. L’achevé installe le silence.
       Pour ce faire, il faut sentir, ressentir, observer profondément, Sentir le corps, tel qu’il est à ce moment présent. Le sentir s’élargir dans l’action, s’épanouir dans le mouvement de l’action: le faire est le trait d’union entre l’être et l’avoir. Sentir l’action elle-même dans sa vivante pulsation et sentir qu’elle nous relie incessamment à tout ce qui vit. Et sentir que l’on partage ce qui se crée et se récrée d’instant en instant, dans le divin jeu de la vie, la līlā chère à l’Inde.
       Créer… Ce n’est pas par hasard si ce verbe surgit à ce point du processus méditatif. Tout être porte en lui un potentiel créatif, généralement inutilisé, quand il n’est pas totalement nié. Or l’état méditatif et l’état créatif ont beaucoup de points communs. Dans les deux cas, on y accède par une forme de dhārāna, à la fois ascèse (au sens ancien d’exercice) et topos (échauffement), préliminaires destinés à libérer le corps des carcans, des inhibitions, des automatismes qui l’empêchent de « se laisser faire ». […]
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François Roux – Revue Française de Yoga, n°9, Dhārāna

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François Roux - Revue Française de Yoga, n°9, Dhārāna

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Charles Genoud – Retraite d ‘été au mois d’août 2012

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     Charles Genoud conduit des retraites dans les traditions Vipassana et Tibétaines.

      Ces pages sont le fruit de la transcription d’enseignements donnés par Charles Genoud,  lors d’une retraite d ‘été au mois d’août 2012 dans le Vercors. La forme orale, avec ses imperfections et ses répétitions, a été maintenue pour que le texte bénéficie de son authenticité d’origine.

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      Quand on veut aborder la méditation, il est important de se poser des questions essentielles, de se les poser fréquemment, de ne pas  sauter sur des réponses toutes faites. On peut se demander, profondément, de quoi s’agit-il quand on pratique la méditation? Sans s’engager dans une sorte de comparaison entre les différentes traditions bouddhiques qui donnent des perspectives un peu différentes sur comment y entrer, même si elles sont totalement d’accord dans la profondeur du processus. Il est important, donc, de se demander de quoi s’agit-il ? Car, on ne peut pas dans la pratique avoir une sorte de regard constant qui essaierait d’évaluer ce qui se passe, une sorte de dédoublement ou l’o méditerait puis en même temps on laisserait une partie de soi-même en train d’évaluer, ce serait évidemment un empêchement à la méditation. Il est important de déterminer de quoi il s’agit, afin de pouvoir ensuite s’engager avec une certaine clarté dans cette pratique, quitte à un moment ou à un autre à se poser la question : « Est-ce bien ce dont il s’agit ? Peut-être à ce moment-là ma perception change. On pourrait décrire la position parfaite, mais ce n’est pas ce dont il s’agit, ou l’observation rigoureuse de la respiration mais cela sont des éléments du contexte, ce n’est pas ce qui est en jeu dans la méditation.

       Je crois que c’est important d’approfondir cette question. Si nous réfléchissons un peu à la manière dont nous fonctionnons depuis la plus tendre enfance, nous sommes constamment pris dans un certain mouvement où il s’agit surtout de connaître le monde qui nous entoure. On apprend depuis tout petit, à connaître, nommer, différencier et c’est fondamental. L’enfant qui ne pourrait pas différencier, reconnaître le monde qui l’entoure ne pourrait pas vivre. Nous apprenons ceci avec une immense intensité, et une curiosité extraordinaire. Ensuite on l’élabore à l’école, et on l’applique dans la vie quotidienne. On est constamment dans ce souci d’efficacité, il s’agit de mettre en place certaines choses pour accomplir d’autres choses. Et cette efficacité peut jouer un rôle important, fondamental, essentiel dans notre existence. Mais cette efficacité est aussi récompensée par une meilleure position dans l’entreprise, un plus haut salaire. Cette efficacité, c’est un peu ce qui permet de progresser à travers l’existence. On va développer au fur du temps une plus grande capacité, un plus grand savoir, accomplissement professionnel. Nous acquérons aussi beaucoup de savoirs parallèles, ce sont toujours des sortes d’informations.  

      Dans ce mouvement d’acquisition, d’efficacité, cette action, ce devenir, il est quelque chose de fondamental qui n’est pas dévoilé, révélé. Il y a quelque chose qui est oublié,fondamentalement. C’est l’être de cette  personne qui apprend, qui se développe, qui devient efficace. On n’en tient pas compte et c’est justement là que se situe l’enjeu de la méditation. Non pas dans le développement d’une efficacité, méditative, mais au contraire de se donner les moyens de dévoiler l’être de la personne. Non pas l’être dans le sens d’une personnalité historique ou psychologique, pour savoir quels sont  les habitudes, les tendances, cela est un autre aspect, extrêmement riche, mais ce n’est pas ceci, il s’agit de quelque chose de plus essentiel qui va être révélé dans cet être  par la pratique méditative. On peut l’appeler présence, une connaissance profonde qui n’est pas de l’ordre de l’efficacité. Justement c’est lorsque l’on se dégage de l’efficacité que l’on découvre que dans cet être il y a quelque chose qui  est en rupture. Et cela est important car on remarque de nos jours une tendance à vouloir récupérer la méditation pour en faire un outil d’efficacité. On fait méditer les hommes et les femmes d’affaires afin qu’ils soient plus performants. C’est assez pittoresques de voir ces personnes méditer sur leur coussin avant d’aller à leur bureau, mais il y a quelque chose d’assez grave, on enlève ce qui est essentiel, on récupèrela méditation. On est de plus en plus envahi par cela, on va faire des tests au moyen d’appareils, pour déterminer quelle technique est la plus efficace. C’est dramatique, s’il faut demander à des appareils de monter et de prouver ce qui se passe dans la méditation. Il y a des statistiques  qui comparent des choses totalement incomparables : yoga, thaï chi, méditation…Cette tendance à vouloir mesurer comme si tout devait devenir mesurable, comparable. On rate l’essentiel. C’est justement, ce mouvement qui s’arrête dans la méditation, qui n’est plus un mouvement de devenir, de faire, d’agir,  de s’affairer mais au contraire qui suspend ce mouvement pour être dans l’être. Nous avons de telles habitudes, un tel souci d’efficacité, de telles habitudes d’être dans le faire, l’agir que évidemment on va amener cette habitude dans notre méditation.

      On va vouloir aider, faire, sans réaliser que ce « vouloir faire, aider » est une perversion de la méditation qui la détourne de son but essentiel. Il y a une sorte de pose, une suspension, on suspend cette activité, cette efficacité, qui n’est pas une chose négative en elle-même, qui est positive et tout à fait importante dans la vie d’un être humain, dans la mesure où on n’oublie pas l’essentiel. Il s’agit de suspendre ce souci de devenir, d’être, d’agir, pour s’ouvrir simplement à cet être. Donc une pause, on arrête. Qu’est-ce que veut dire cette pause ou cet arrêt ?  On arrête d’assujettir l’instant présent à un objectif futur. Cet emprisonnement extraordinaire, qui fait que chaque action va être évaluée par quelque chose qui se situe à l’extérieur de nous-même, par le résultat. Si je prépare un met à la cuisine, mon activité culinaire va être évaluée par le résultat, le repas qui sera préparé. Ce ne sera de savoir si j’étais calme, présent et   tranquille en faisant la cuisine. Non, ce sera : c’est pas très bon, tu as mis trop de se,. Evidemment, je m’étais engagé dans une tâche qui  visait un certain résultat, mais quand toute  action présente est enfermée, emprisonnée, où la valeur sera donnée par un résultat futur, elle perd toute sa qualité, elle n’est pas dans la présence, elle est dans le devenir, elle n’existe pas pour elle-même.  Or dans la méditation justement, il s’agit de laisser chaque instant dans sa propre valeur, et non pas parce qu’il va développer quelque chose. On ne peut pas voir e processus méditatif comme quelque chose qui se développerait dans le temps. Je reste perdu dans ma somnolence, avec patience parce que quand j’aurais suffisamment somnolé quelque chose d’autre va surgir. Cette expérience de somnolence dans la méditation n’aurait pas valeur d’être, en elle-même, mais simplement peut-être parce que quand je serais fatigué de somnoler je vais passer à autre chose. On peut se leurrer en se disant que, là, si je persévère dans mon erreur elle va se transformer en quelque chose de juste. On ne voit pas d’ailleurs pourquoi, il n’y a pas de prix de consolation, quelqu’un qui viendrait dire : « Maintenant tu as tellement essayé, tu vas réussir ». D’où l’importance de prendre conscience, lorsque l’on est dans une attitude erronée de ne pas la perpétuer, la nourrir. Et quand on sent que dans sa propre pratique méditative, qu’il y a une sorte de stagnation, ou quelque chose de répétitif, qui manque de vie, il est important de se poser les questions qui sont : « Quelle est mon attitude ? Qu’est-ce que j’attends ? Qu’est-ce que je suis en train de faire ? »  Est-ce que je suis en train d’attendre que quelque chose d’autre surgisse ? Ce quelque chose d’autre qui devrait surgir est dans un futur purement imaginaire. Je me leurre d’une manière plus dangereuse que si je commence à me dire : « Ça va être quand mes vacances d’hiver… ? » Au moins là, je sais très bien que je me suis éloigné et qu’au bout d’un moment je vais me dire que je ne suis pas là pour cela et je reviens. Mais quand  je crois que en persévérant dans une attitude fausse quelque chose de positif va surgir, je peux très bien pratiquer de cette manière-là pendant des années. Donc avoir cette qualité qui permet de reconnaître quand l’attitude est fausse. Ceci est un élément important, je crois que l’on peut expliquer la méditation par son caractère intemporel, on se rend bien compte que lorsqu’il y a cette dimension dans la méditation, c’est-à-dire que l’on n’accumule pas des instants en vue d’autre chose, qu’il y a déjà là dans cette absence de temporalité l’ouverture à une grande liberté. Le ciment principal de la prison dans laquelle nous nous enfermons c’est la temporalité. Et la manière de maintenir cette temporalité, c’est de croire que l’on accumule des instants qui vont déboucher sur autre chose. Evidemment, parler d’être à chaque instant c’est  quelque chose qui peut sembler un peu abstrait, qu’est-ce que cela veut dire ? Pourquoi pas, on veut bien laisser tomber le devenir pendant quelques temps pour essayer d’être juste dans l’être, mais comment cela se fait ? Comment je vais réussir ? Il s’agit d’explorer un petit peu ce que veut dire ceci. On pourrait dire qu’à chaque instant, il y a conscience et conscience de quelque chose. Cela peut être un son, une forme, une couleur, un goût, une pensée, une idée, cela peut être aussi de la tristesse, de la joie, du calme ou de la tranquillité. Dans un instant ce qui va nous traverser, c’est conscience et conscience de quelque chose. Où se trouve cette qualité d’être, celle à laquelle on essaie de s’ouvrir par rapport à cette expérience « conscience et conscience de quelque chose ». Je crois que ceci est important car si on ne le comprend pas   on va orienter notre attitude et  notre attention de manière fausse qui va nous voiler cette ouverture possible à l’être que nous sommes. Je vais décrire un peu ce qui pourrait amener à calmer l’esprit. Il y a deux manières en méditation de calmer l’esprit. On pourrait dire que c’est quand même quelque chose qui semble être un des aspects bénéfiques de la méditation, même si on ne le place pas comme enjeu. Il y a une manière assez simple à comprendre. Lorsque l’on attache l’esprit à un objet stable, comme si on attachait une barque à un poteau, et à ce moment-là puisque l’objet ne bouge pas la conscience va se stabiliser à cause de la stabilité de l’objet. On peut le faire avec un mantra, la respiration d’autres supports, la visualisation d’une image etc. on contraint l’esprit à rester sur cet objet. Comme l’objet ne bouge pas la conscience va nécessairement se clamer. La stabilité vient de l’objet. Il y a une contrainte assez forte au début, puis cela devient plus naturel, il a de moins en moins de contraintes, d’efforts. Il y a une autre manière d’amener le calme dans l’esprit. C’est dans l’esprit lui-même. Ce qui agite l’esprit, c’est qu’il est constamment attiré par les choses ou au contraire rebuté par d’autres choses, il y a une sorte de constante stimulation.C’est un peu comme si on avait un baquet d’eau avec du sable dedans, ces stimulations donnent des coups constamment et agitent cette eau qui reste trouble. Par ce jeu de désir-aversion constant qui peut surgir, la moindre petite douleur corporelle provoque une réaction, très souvent on ne se rend même pas compte qu’il y a ces réactions du désir ou rejet de quelque chose, même si elles sont extrêmement faibles ces attitudes vont constamment agiter l’esprit. Et lorsque l’on isole l’esprit sur un objet,  à ce moment-là on exclut, dans le développement de cette stabilité, toutes les stimulations. On les exclut du fait que l’on ne prend plus en considération tout autre objet. Si on entend le son de la cuisine et que l’on a faim, immédiatement on l’élimine, on attache l’esprit à son objet de concentration. Dans la seconde attitude, ce que l’on va regarder c’est lorsque l’esprit est attiré ou rebuté par quelque chose, en prenant parfaitement conscience de ces mouvements dans la conscience elle-même, du désir ou de l’aversion, en ne les nourrissant pas, en n’y adhérant pas alors l’esprit va se calmer de lui-même, parce que l’on n’alimente pas ces mouvements dans la conscience. La conscience se calme elle-même, en elle-même, sur elle-même simplement parce que on est conscient de son énergie, de ses réactions, et c’est à ce moment que l’on va les apaiser. On l’apaise en elle-même et non pas par l’intermédiaire d’un objet stable. Dans la pratique de Vipassana c’est la seconde approche que nous favorisons. On peut se demander pourquoi, la première approche à quelque chose d’intéressant, c’est qu’elle est simple à comprendre, la seconde est plus difficile. La première est simple, parce que on se donne une tâche, on est habitué à avoir des tâches, de même on peut voir une progression, un accomplissement. On commence avec un esprit très agité et lentement il va se concentrer, jusqu’à un stade optimum, on est bien ici dans une attitude d’efficacité et c’est quelque chose que l’on comprend bien. Alors que dans la seconde attitude, il s’agit de rester en contact, focalisé sur l’aspect de la conscience elle-même, quelle est l’attitude de la conscience par rapport à cet objet qui m’attire ou me rebute, quelque chose qui est beaucoup plus inhabituel car en général ce qui nous intéresse, ce qui nous préoccupe ce sont les objets pas tellement la qualité de la conscience. Pourquoi favoriser cet aspect-là ? C’est parce que il y a une compréhension de soi plus profonde, dès le début de la méditation, lorsqu’il y a cette qualité de présence à soi et non pas d’intérêt porté à ce quelque chose, il y a là, déjà immédiatement, une profonde connaissance de soi-même, pas une connaissance psychologique, mais une connaissance intuitiveau niveau de ce que nous sommes. Il me semble que chaque instant de méditation juste ouvre une perspective complètement nouvelle, puisque cela ouvre à cette dimension de l’être. Alors que dans l’autre approche, il s’agit de développer la concentration, qui est quelque chose qui demande beaucoup de détermination, et ensuite de passer à une autre phase. La première attitude est le développement de la concentration, la secondes est ce que l’on appelle présence, ce que les anglo-saxons appellent  mindfullness, ce que en Pali on appelle sati. Il est important de bien les définir, car ces termes-là sont employés de manières très différentes. Les termes pour décrire la seconde approche sont délicats car c’est une attitude qui n’est pas habituelle, qui n’est pas de l’ordre de l’utilitaire. Quand il s’est agi dans les sutra plus  anciens de trouver un terme adéquat, le bouddha  et les moines ont aussi dû chercher dans les termes courants quelque chose qu’on pourrait utiliser pour essayer de décrire cette attitude, et c’est le terme sati qui a été choisi, qui veut dire du point de vue du sens du mot : se souvenir. Cependant il ne s’agit pas de se souvenir de quelque chose, le souvenir porte sur quelque chose qui est passé, là c’est dans l’expérience présente. Ce terme de sati est utilisépour exprimer cette attitude de présence à soi dans chaque expérience. Ce terme qui semble parler de mémoire, on peut le comprendre de diverse manières. Tout d’abord pour se souvenir de quelque chose, il faut être présent au moment des faits, c’est ce qui permettrait de se souvenir, si je suis distrait à un certain moment, je ne vais pas pouvoir me rappeler ce qui s’est passé. Si je dois aller faire des courses et que l’on me donne la liste oralement, si je ne suis distrait, je ne vais pas pouvoir m’en rappeler. Pour m’en rappeler il faut que je sois présent. Et dans l’attitude c’est différent, non pas porter l’attention, porter l’attention sur la respiration, sur les sensations corporelles. Parce que l’attention, c’est une tension vers quelque chose, qui est celle que l’on a lorsque l’on est intéressé par les objets extérieurs. L’attention n’est pas une ouverture à la conscience de soi. Si je suis attentif aux légumes que j’épluche pour le repas de midi, je suis attentif au couteau, aux légumes, cela ne veut pas du tout dire qu’il y a une présence à soi. On peut même être extrêmement concentré sur, attentif à la position du couteau. Le terme attention a un petit problème,  puisque c’est une tension vers, il porte sur autre chose que sur la présence à soi.

       J’ai trouvé il y a quelque temps cette citation de Saint Augustin qui m’a semblée extrêmement éclairante, où plutôt que conscience il utilise le terme mémoire, il dit : « On peut appeler mémoire la faculté de l’âme d’être présente à elle-même » Il utilise le terme mémoire pour cette présence à soi-même. Il a choisi la même solution qu’on choisit les textes Pali. Non pas une mémoire qui porterait sur quelque chose du passé, mais cette capacité, cette qualité qu’a la conscience d’être présente à elle-même dans une expérience. D’où l’importance dans chaque instant de notre méditation de ne pas croire que l’enjeu, ou l’intérêt est dans le quelque chose qui surgit. Ce qui veut dire que, qu’il y ait de la somnolence ou de l’agitation, qu’il y ait l’audition d’un son ou l’expérience d’une sensation corporelle, ceci n’est pas l’enjeu, on ne va pas essayer de favoriser une sphère ‘expérience par rapport à une autre. Ce qui va nous intéresser, c’est cette qualité de présence à soi dans chaque expérience. Ce qui veut dire qu’il n’y na jamais d’impossibilité, à nouveau il est important de se le rappeler, car quelque fois il y a de la somnolence, ma méditation est difficile en ce moment parce qu’il y a de la somnolence, il faudrait d’abord qu’elle disparaisse, que je trouve le moyen de la faire disparaître pour que je puisse commencer à méditer, ou il y a de l’agitation, car en ce moment je suis préoccupé, il faudrait que cette agitation cesse pour que je puisse commencer à méditer, et après il y a la tristesse, un petit peu d’aversion. En général on attend quelques siècles avant de commencer à méditer. C’est rater l’enjeu, puisque l’enjeu c’est exactement lorsque l’on va pouvoir être disposé de manière juste dans la somnolence, dans l’agitation, dans la tristesse, dans l’irritation, dans l’impatience, dans la joie ou dans le calme, c’est lorsque l’on sera disposé de manière juste que l’on va comprendre la nature du calme, de l’agitation, de la tristesse et c’est cela qui nous intéresse. Ce n’est pas un état d’esprit qui serait vide de tout ceci, où l’on découvrirait la nature de l’esprit tranquille… Fantastique et dans la vie quotidienne, à quoi cela nous sert-il ? Mais c’est bien parce que l’on va comprendre la nature de l’agitation, du calme, de l’angoisse, de l’impatience que l’on va pouvoir s’en libérer. Et l’on ne peut découvrir la nature de ceux-ci que lorsqu’ils surgissent. Chaque fois que surgit quelque chose que l’on pourrait imaginer être une difficulté, c’est une opportunité pour nous de découvrir quelque chose dont on pourrait se libérer, non pas parce que l’on va l’éliminer, le détruire, mais parce que l’on va trouver la bonne disposition, le bon positionnement. J’ai l’impression que c’est toujours ce qu’il s’agit de trouver : le bon positionnement  dans une expérience. Ce terme que je décris par présence, pour sati,  il a différentes qualités, mais en lui-même cette qualité de l’esprit méditant à des qualités extrêmement précises pour que l’on puisse parler de présence, de mindfullness, de sati. Il ne s’agit pas de quelque chose de vague, d’une vague présence. Il a des caractéristiques particulières, c’est cette présence à soi dans chaque expérience, qui n’est pas la négation de l’expérience, mais présence à soi dans ce contexte-là. Il a la caractéristique d’être non superficiel, c’est-à-dire qu’il ne s’arrête pas à la surface de l’expérience mais qui la touche en profondeur. Pour donner un exemple, si je fais l’expérience d’une sensation corporelle et que je reste au niveau de l’image du corps, de l’image de la sensation, du concept de la sensation, je ne la touche pas en profondeur, je reste à la surface, cette surface qui est ici représentée par l’image ou le concept, à ce moment-là je ne suis pas dans la profondeur de l’expérience. Si on lance un bouchon sur un étang, il reste à la surface, cela c’est la méditation superficielle, si on lance une petite pierre elle pénètre dans l’eau. Cette attitude de présence méditative,  a cette caractéristique d’être en contact profond avec l’expérience, pas juste l’image ou le concept de l’expérience. La seconde qualité, c’est qu’elle n’est jamais partielle, jamais fragmentaire, la présence, sati, est toujours totale. Il y a une totalité de soi-même dans l’expérience. On n’observe pas l’expérience à distance, ce qui donne cette dimension de plénitude dans l’expérience de la présence méditative. Il y a toujours cette dimension de plénitude, cela est une indication importante, parce que si, on imagine une expérience, à priori désagréable, la tristesse, la somnolence ou l’agitation, et qu’il y a cette qualité de présence, de manière non fragmentaire, dans la plénitude d’être avec cette expérience, la plénitude est toujours plus marquante que l’aspect difficile de l’expérience. Une manière d’éprouver la plénitude, c’est-à-dire une satisfaction profonde, même dans les expériences qui se présenteraient comme difficiles, non pas parce que l’on change l’expérience, mais parce que l’on est total avec/dans cette expérience. La conscience est totale, complète. Il y a constamment cet aspect de non-fragmentation, de totalité.  Ce n’est pas un peu là et un peu ailleurs, ou un peu dans l’observation et un peu dans l’expérience qui est la totalité de la conscience dans l’expérience. Une troisième caractéristique est l’absence de distraction. Ici on ne parle pas de concentration, concentration veut dire que l’on s’attache à un aspect de l’expérience. Dans la présence méditative il n’y a jamais de distraction. La distraction serait être confus par rapport à l’expérience. Et cette absence de distraction donne conscience de ne pas être interrompu, il n’y a pas d’interruption. Si là on parle ce continuité, on va ramener la notion de temporalité, elle n’est pas présente dans cette expérience. Il n’y a pas d’interruption, le fait de ne pas être distrait, d’être en contact avec chaque expérience à chaque instant. Cela c’est une caractéristique de la présence méditative. Une quatrième caractéristique est son impartialité, cela veut dire que peu lui importe l’objet ou le quelque chose. Elle est toujours dans la même disponibilité. Dans cette expérience-là il n’y a rien d’autre, puisque la conscience est totalement là, donc comment quelque chose d’autre pourrait lui importer ? Il n’y a rien d’autre qui existe à ce moment-là. S’il y a une expérience de somnolence, d’agitation ou de tristesse, à ce moment-là, la non-tristesse n’existe pas, elle ne veut rien dire, il y a simplement cette expérience-là de la conscience. Elle est donc impartiale par essence, puisqu’il n’y a rien d’autre, pas de temporalité, pas d’instant suivant où la non-tristesse pourrait surgir. Ce serait partir dans une élaboration de concepts, d’images qui ne sont pas là dans cet instant d’intimité méditative.

       Ce terme de présence méditative, mindfullness ou sati,  a une richesse extraordinaire. On ne le développe pas ici en passant par autre chose, qui serait la concentration à nouveau, qui est un moyen,  mais on plonge à l’eau sans préparation. On est immédiatement confronté à toute la richesse de l’expérience, et on a à chaque instant la possibilité d’être dans l’attitude juste.  Ce qui ne veut pas dire que cela ne demande pas de la pratique, car on va souvent venir avec sa boîte à outils, à vouloir interférer jusqu’à ce que l’on se fatigue. Puis finalement, on essaie de rendre simplement disponible. Toute expérience est propice à la méditation, toute expérience qui surgit, pour autant qu’elle soit présente. Une expérience du passé ou du futur, qui n’est présente n’est pas le lieu de la méditation, mais tout ce qui surgit dans l’instant, chaque quelque chose qui surgit est un prétexte pour cette présence à soi. Donc que ce soit les perceptions sensorielles, la dimension affective : l’agréable, le désagréable ou neutre d’une expérience, les pensées, les émotions, les états mentaux, tels que l’agitation ou la somnolence ; chaque expérience est une opportunité  de développer ou d’être dans l’attitude juste. Il n’y a pas d’expérience meilleure qu’une autre. ??? exprime ceci de manière extrêmement parlante : « Le chemin n’est pas difficile pour ceux qui n’ont pas de préférences ». Cela résume bien l’attitude méditative, c’est extrêmement clairement indiqué par ceci. Cette notion de ne pas avoir de préférences on peut se poser la question en méditation, c’est ce qui permet de différencier la résignation de cette attitude d’ouverture. Je pourrais être dans une expérience de tristesse, qui a une apparence désagréable, avoir cette qualité d’ouverture, et à ce moment-là si je me demande : « Est-ce que je n’aimerais pas mieux une autre expérience ? ».  Je me dirais non cela n’a aucune importance, là je pourrais dire que je n’ai pas de préférences. Si maintenant je sais que c’est de l’ordre de la résignation, alors tant pis je reste avec cette tristesse, cette fatigue, avec cette somnolence, mais est-ce que je ne préférerais pas autre chose ? Immédiatement je vais dire, oui j’échangerais bien cela contre un peu plus de calme, de tranquillité ou de clarté.  Donc on a ce critère d’évaluation, et lorsque sincèrement je peux dire non je n’ai pas de préférences, on se rend compte que l’on est dans une qualité précise, que l’on sent bien d’ailleurs.

       Je voulais marquer cette importance dans l’attitude méditative qui est non pas l’intérêt porté à des expériences ou des sensations particulières, mais surtout à cette qualité de présence à soi dans chaque expérience, et qui vient, non pas d’un effort, ni d’un rejet particulier, mais d’une disponibilité totale dans l’expérience. Et c’est quand je m’ouvre totalement  à cette expérience de la somnolence, de la fatigue, ou du calme et de la tranquillité, que je peux avoir cette qualité, non pas, à nouveau parce que je vais rejeter un aspect.

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Charles Genoud – Retraite d ‘été au mois d’août 2012

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Charles Genoud - Enseignements1aCharles Genoud - Enseignements1b

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Alfred Tomatis

Charles Genoud – La notion du temps

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L’entrée dans la recherche spirituelle.
      Ce matin, j’ai parlé du  » manque « , cause fondamentale de notre engagement dans une recherche, une quête spirituelle. S’il n’y avait aucun manque, si nous expérimentions une constante plénitude, le mouvement qui nous pousse dans cette quête n’existerait certainement pas.
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      D’une manière générale, cette quête peut être initiée par une expérience, un évènement, qui nous semble anormal et nous
questionne, parce qu’il sort de l’ordre habituel des choses. Il peut s’agir d’une expérience d’ordre affectif, social ou philosophique qui nous interpelle tout à coup et fait que nous allons essayer de répondre à cette interpellation. Nous nous engageons alors dans une recherche, un questionnement, dans un approfondissement de notre connaissance de la réalité, de la réalité quotidienne.
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      De telles expériences qui, pour nous, relèvent du désordre, peuvent créer le besoin de découvrir plus profondément la
réalité du monde dans lequel nous vivons. Il peut s’agir, par exemple, de la mort d’une personne. Si nous imaginons la mort d’un de nos proches, nous pouvons en ressentir l’impact affectif. Mais, plus généralement, même dans le cas où il s’agirait de quelqu’un que nous connaissons peu, loin de nous, un impact d’ordre philosophique existe. C’est ce que Bataille exprimait en disant :  » la mort trahit l’imposture de la réalité « . Cela veut dire que si la mort est possible, la réalité n’est pas telle que nous la percevons. Il y a incompatibilité entre le monde tel que nous le percevons et la mort d’une personne qui existerait réellement. Il n’est donc pas nécessaire qu’il s’agisse d’un proche donnant une dimension affective à l’évènement. Un choc d’ordre philosophique peut nous amener à questionner notre vision du monde, à nous dire qu’il y a peut-être quelque chose de faux dans la manière dont nous la percevons.
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      Il y a deux ans, j’étais en Californie pour conduire une retraite. En me promenant à la périphérie de San Francisco, je suis entré dans une librairie. Je cherche souvent des livres d’auteurs français que j’aime bien, traduits en anglais, pour faire des citations. Les phrases sont parfois si précises que je ne veux pas faire la traduction moi-même.
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      A ce moment là, je cherchais un livre de Maurice Blanchot. En le feuilletant, je suis tombé sur une phrase qui disait :  » Le passé n’a jamais existé « . C’est une phrase extrêmement déroutante qui n’est cependant pas d’un rêveur ou d’un poète, mais qui traduit une réflexion profonde concluant que le passé n’a jamais existé. Si ce que dit Blanchot est juste, il est clair que notre vision ordinaire du monde doit être questionnée et changée. Si le passé n’a jamais existé, il est clair que la manière dont je vis, la façon dont je conçois le monde où je vis, ne sont pas en accord avec cette réalité. Tomber sur une telle phrase, sur une
telle affirmation, peut être le facteur déclenchant qui nous fait entrer dans une recherche, pour trouver un ordre plus profond permettant d’inclure cette réalité, d’établir un rapport au monde intégrant la non-existence du passé.
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Un destin inhabituel
      Joseph Campbell, un professeur américain qui a beaucoup étudié les mythologies, a décrit le cheminement du héros, du
chaman, du mystique, et a recherché des faits similaires dans les récits de leurs vies. Il en a trouvé plusieurs. Le premier est, qu’en général, ce futur chaman, saint ou sainte, mystique ou prophète, naît d’une manière inhabituelle, miraculeuse.
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      Dès sa naissance, il est voué à un destin inhabituel. Il y a une rupture de l’ordre établi. Puis, ce destin paraît oublié : l’enfant vit de manière tout à fait ordinaire, découvrant et partageant les valeurs ordinaires du monde : les valeurs sociales, la vision du monde qui prévaut à son époque. Jusqu’au jour où un évènement vient lui rappeler son destin. Tout d’un coup, quelque
chose dans sa vie lui montre que l’ordre établi n’est pas juste, que quelque chose est faux dans la vision ordinaire du monde. Dès ce moment, il ne connaîtra plus de repos jusqu’à ce qu’il ait réalisé une vision plus profonde, beaucoup plus vaste, lui permettant d’intégrer ce qu’il avait éprouvé comme un désordre. Ce besoin va le pousser à sortir du modèle établi, à le quitter, pour ne pas être complètement prisonnier des valeurs sociales, philosophiques, ayant cours, et à entrer d’une certaine manière dans la solitude, afin de trouver un ordre plus profond.
      Dans la vie du Bouddha, on trouve ce schéma de manière vraiment typique. Il est conçu miraculeusement, alors que sa
mère rêve qu’un éléphant blanc entre en elle. Il naît d’une façon étonnante qui, pour le moins, rompt avec l’ordre établi, puisqu’il sort de sa mère par le côté, alors qu’elle se tient à une branche. Et, lorsqu’elle présente le jeune enfant à un astrologue, celui-ci prédit qu’il deviendra soit un monarque universel, soit un être profondément éveillé. Tous les signes du destin sont ainsi réunis. La période d’oubli vient ensuite : le garçon reçoit l’éducation d’un jeune prince, il étudie les védas, les arts martiaux, complètement oublieux de ce qui était prédit à sa naissance, jusqu’à ce que certains évènements viennent le rappeler à son destin. Dans la vie du Bouddha, ces évènements sont présentés de manière extrêmement caricaturale : il rencontre la vieillesse, la maladie et la mort, ainsi qu’un religieux. Dans la légende, leur description est assez naïve. On a l’impression que c’est la première fois qu’il voit un vieillard, la première fois qu’il voit un malade, tout comme un cadavre. Mais, on peut imaginer que c’est effectivement la première fois qu’il en prend vraiment conscience. Alors qu’il sort du palais paternel, il comprend que la vieillesse, la maladie et la mort le concernent lui aussi et pas seulement les autres. Quand cette réalisation se produit, le futur bouddha n’a plus envie de rester au palais, de vivre dans une agréable insouciance, entouré de musiciens et de musiciennes, comme un jeune prince, cinq siècles avant J.C. Il n’a plus aucun repos. Tous les plaisirs deviennent insipides. Il n’a plus qu’un vœu, qu’un désir : quitter le palais pour s’engager dans une quête spirituelle.
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      Son père refuse de le laisser partir. Il est donc obligé de s’enfuir pour devenir un ascète mendiant. Cela traduit combien l’ordre établi, que le jeune prince est en train de questionner, ne
peut accepter son questionnement : le père s’oppose à ce qu’il sorte du palais. Dans la légende, le futur bouddha, profitant que tout le monde est endormi par un charme mystérieux, quitte le palais de nuit pour s’engager dans sa quête. Nous avons ici le prototype même du chemin du mystique, avec toutes ses étapes bien marquées.
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      Chez certains chamans, saints ou saintes, il arrive parfois qu’une maladie soit le facteur qui leur fasse quitter l’ordre
établi.
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      Souvent, chez les chamans, il s’agit d’une maladie que les médecins ne peuvent soigner, car ils ne la connaissent pas. Ce n’est que lorsque le chaman rencontrera un autre chaman que sa maladie pourra être soignée, car elle n’est pas somatique mais d’ordre spirituel : un déséquilibre spirituel. Il sera guéri par le maître chaman qui initiera ensuite l’ancien malade au chemin spirituel.
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      Des phénomènes marquants se produisent de même dans la vie de certains saints ou saintes. Rappelons-nous de Sainte
Thérèse d’Avila. Entrée extrêmement jeune au couvent, elle y tombe malade. Ramenée à la maison, on la croit morte. Selon la coutume, on fait couler de la cire sur ses yeux, mais son père, qui adore tellement sa fille, refuse qu’on l’enterre et, le quatrième jour, alors qu’elle est encore dans le même état, elle ouvre les yeux. Ensuite elle demande à retourner au couvent. Mais, pendant plus d’une année, elle ne peut marcher. D’abord elle ne marche pas du tout. Ensuite, elle se traîne à quatre pattes… Constamment dans sa vie spirituelle, elle se réfèrera à cette expérience de mort symbolique qui rompt l’ordre
établi.
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      Les évènements ne sont pas toujours aussi marquants. Quelque chose de très simple qui semble ne pas correspondre à
l’ordre du monde peut suffire pour que surgisse la nécessité d’une
compréhension plus profonde. On peut imaginer des scientifiques étudiant des équations, se rendant compte que quelque chose ne marche pas, qui essayent de trouver une manière de comprendre plus profonde. On peut même penser qu’il puisse s’agir d’un simple objet : une table placée à l’envers, une porte d’habitude fermée soudain ouverte qui, dans l’esprit d’une personne, fasse qu’elle questionne tout à coup l’ordre établi car elle prend conscience qu’il ne fonctionne pas, et qu’elle s’engage dans la recherche d’une vérité plus profonde.
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      Nous partageons notre vision du monde. Chaque fois qu’il s’agit de la changer, des difficultés apparaissent. D’abord, il faut le courage de lâcher la façon courante de voir : lorsque Copernic enseigna que la Terre n’était pas le centre de l’Univers, mais le Soleil, combien d’oppositions apparurent ! Des oppositions, non pas scientifiques, mais affectives, de l’ordre de la crainte. 5- Tout à coup, il y a impossibilité de quitter la vision habituelle pour se rendre disponible à une vision différente, nouvelle. Pour la découvrir, il faut donc chaque fois pouvoir questionner celle qui prévaut, la lâcher, et s’ouvrir à la nouvelle.
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La notion du temps
      Dans notre vision particulière du monde, le temps s’écoule au sein d’un espace stable. D’abord cyclique chez les Indiens, les grecs… la notion du temps devint linéaire avec la tradition biblique et surtout chrétienne. Il y a un point zéro. Puis une ligne vers le futur et une vers le passé. Mais ces deux façons de voir, cyclique ou linéaire, sont-elles les seules possibilités de se représenter la réalité et sont-elles justes ? Ne traduisent-elles pas une certaine confusion ? Toutes les cultures voient-elles de même l’univers comme un espace stable dans lequel le temps s’écoule, où les évènements surgissent et disparaissent ?
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      Un anthropologue américain, dont on a, par la suite, questionné la recherche, a trouvé que les indiens Hopis n’avaient
pas de mots comme nous en avons dans les langues indo-européennes ou orientales, pour décrire le temps ; pas même pour passé, présent et futur. La notion d’un espace stable dans lequel le temps s’écoulerait leur serait donc étrangère. Leur vision du temps serait ainsi complètement différente, avec, par exemple, l’impossibilité d’additionner les jours puisque lorsqu’un jour a disparu, l’autre n’est pas encore là. Comment pourrait-on additionner des choses qui n’existent pas en même temps ? Comment additionner des minutes, puisqu’il est impossible d’avoir deux minutes, trois minutes en même temps ? Il n’y a donc pas de pluriel pour la notion de jour. Les Hopis s’expriment plutôt en termes de potentiel et de manifesté, et non en termes
d’espace stable dans lequel le temps se déroulerait. Mais cela ne les empêche pas de construire des maisons, de faire de l’agriculture, de répondre à tous les besoins pratiques d’un être humain, même si leur notion du temps est différente. Pour eux, deux évènements qui se passeraient au même instant en des
endroits différents ne peuvent pas être simultanés puisqu’on ne peut pas connaître l’un et l’autre : il faut se déplacer pour le faire. On ne parlerait donc pas de simultanéité dans un tel cas.
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     Quelle que soit la justesse de l’analyse de cet anthropologue, il est intéressant d’imaginer une manière de concevoir le monde dans laquelle les concepts d’un espace stable, dans lequel le temps qui s’écoule ne seraient pas pris en compte. On peut du reste constater que la science moderne remet également ces notions en question.
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      De très longue date, les philosophes ont questionné le temps, comme Blanchot le fait en écrivant le  » passé n’a jamais existé « . On trouve ce questionnement chez Saint Augustin, d’une manière extrêmement touchante. Il dit « Qu’est-ce que le temps ? Si personne ne me le demande, je n’ai pas de problème. Mais, dès qu’on me le demande, je ne sais plus « . Par moments, il appelle Dieu en aide et dit : « Dieu, aide-moi ». Il paraît complètement pris au dépourvu. Il essaie de s’y retrouver, mais n’y parvient pas. A la fin de ses confessions, on trouve ce très intense questionnement. Il dit : « Le passé n’est plus, l’avenir n’est pas encore et comment le présent pourrait-il se maintenir ? S’il se maintenait, il ne serait plus le présent, il serait
l’éternité, donc il ne serait pas du temps ». Il cherche ainsi à s’y
retrouver, avec beaucoup de difficulté mais beaucoup d’honnêteté.
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      On a donc bien l’impression, comme le dit Saint Augustin, que le temps ne pose pas nécessairement de problème tant qu’on
ne le questionne pas. Mais, dès qu’on cherche à définir ce que cette notion représente du point de vue de la réalité, et de la réalité de l’expérience, cela devient beaucoup plus difficile.
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L’expérience et le concept de l’expérience
      Ce matin, nous avons essayé de faire un geste dans le passé et dans le futur. Constatation : c’est impossible, tant dans l’un que dans l’autre cas. Les conséquences de cette impossibilité sont très importantes. Si on ne peut faire un geste au passé ou au futur, cela attire l’attention sur le fait qu’on ne peut, non plus, entendre au passé ou au futur. Tous les sens sont liés à l’instant présent. On peut donc imaginer que, lisant la phrase de Maurice Blanchot, la quête spirituelle puisse être éveillée : s’il a raison, quelque chose n’est pas juste dans notre manière de percevoir le
monde. Quel pourrait bien être le sens de « le passé n’a jamais
existé ».
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      Je n’ai aucune idée de ce que Blanchot voulait dire, mais nous pouvons nous questionner sur la notion de passé et nous demander quel pourrait être le sens de la phrase, ce qu’elle implique et comment en faire l’expérience.
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      Il semble que nous puissions nous rappeler ce que nous avons fait ce matin, nous rappeler le moment où nous avons fait l’expérience de bouger latéralement notre main. Nous avons ainsi l’impression qu’il est possible de faire revenir quelque chose à l’esprit. Mais, d’où ramenons-nous cette chose quand nous nous souvenons de ce qu’a eu lieu ce matin ou à un autre moment du passé ? Où allons-nous la chercher ? Il est clair que nous ne ramenons jamais l’expérience, mais uniquement le souvenir de l’expérience. Si nous pouvions ramener l’expérience, nous pourrions nous promener dans le temps, revenir à l’âge de deux ou trois ans pour voir comment c’était, puis, sauter aussitôt dans le futur, pour voir comment nous serons à cent trois ans ! On pourrait ainsi se déplacer dans le temps. Le fait que ce soit impossible montre bien que ce que nous ramenons à la conscience n’est jamais l’expérience elle-même, mais seulement son souvenir.
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      Comment ce souvenir de l’expérience est-il alors créé ? Il est donc bien clair qu’il est impossible de garder un seul instant l’expérience d’entendre, de voir, de toucher… Et il n’est pas besoin de remonter jusqu’à ce matin pour qu’il en soit ainsi : même si l’expérience a eu lieu dans la seconde précédente, il n’est pas possible de la ramener, de la vivre de nouveau. La seule chose que nous puissions faire est d’en avoir le souvenir par la mémoire. Donc, ce que nous ramenons par la mémoire est toujours une image de l’expérience, jamais l’expérience elle-même. Et c’est
dans la mesure où nous ramenons à la conscience une chaîne d’images – ces images ayant comme sources certaines expériences – que nous avons l’impression d’avoir accès au passé.
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      Pour ce faire, à chaque instant de nos expériences, nous créons un concept de l’expérience elle-même. Dès qu’une
expérience surgit, elle est conceptualisée et c’est la conception que nous gardons en mémoire. Jamais l’expérience elle-même.
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      L’expérience du son, de la densité du corps, du goût d’un aliment, tout cela n’est pas de l’ordre du concept mais de l’expérience elle-même, et est impossible à saisir, à garder. Seule l’image, le concept peuvent être conservés. Par analogie, on pourrait dire que c’est un peu comme si, à chaque instant, pour chaque expérience, nous en prenions une photo et conservions un immense album de toutes les photos, qui nous permettrait de faire l’inventaire, non pas des expériences, mais des photos, des images des expériences.
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      Dans ma méditation, une expérience surgit. A cet instant, j’ai une certaine qualité de présence. Si j’ai envie de la modifier, de l’améliorer, car je ne la trouve pas suffisamment bonne, que se passe-t-il ?
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      Il se passe qu’il y a d’abord une expérience de présence, puis une conceptualisation et que je l’évalue en disant  » médiocre « . Cette évaluation n’a rien à voir avec l’expérience elle-même. L’expérience c’est l’expérience. Le jugement que je porte me fait déjà passer de l’expérience elle-même au concept ou image de l’expérience, estimée médiocre. Et maintenant, j’amène à la conscience une autre image, un autre concept, de quelque chose de mieux, que je vais essayer de promouvoir.
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      Cela signifie qu’en méditation, dès que nous sommes dans un processus de transformation, nous quittons le domaine de
l’expérience pour passer à celui de l’imaginaire. Or, l’imaginaire n’a pas l’épaisseur, la densité de l’expérience réelle. Vivre dans l’imaginaire pour évaluer chaque expérience, vouloir l’améliorer au moyen de l’idée d’une meilleure expérience, nous établit nécessairement dans une faible qualité de présence, nous laisse frustrés car la possibilité d’une expérience pleine, la possibilité de plénitude n’existe pas lorsqu’on vit à la surface des choses, comme dans l’évaluation et la transformation. Elles nous font quitter le domaine de l’expérience pour passer dans l’imaginaire de l’expérience. Cette conceptualisation des expériences surgit très rapidement. Parfois, en méditation, il est possible que nous n’adhérions pas à ce processus quand la qualité de présence est suffisamment stable et claire.
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      Il se peut donc, dans ce cas, ou si le pouvoir de fascination de la conceptualisation a perdu de sa forme, que nous ne passions pas directement de l’expérience à sa conceptualisation. Alors nous restons dans une intimité beaucoup plus profonde avec nous-mêmes, avec notre vie.
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      Très souvent, en prenant le métro ou l’autobus, le matin ou le soir, on voit les gens allant ou revenant de leur travail, lisant des romans, des fictions pendant tout leur trajet. Ils passent ainsi une partie de leur journée en des lieux qui n’existent certainement pas, qui sont les fruits de l’imagination des écrivains, avec des personnages qui n’existent pas non plus. Il y a donc une sorte de glissement de la simple réalité d’être dans le métro, avec sa lumière particulière, sa densité particulière, les gens qui s’y trouvent, pour passer dans un monde imaginaire comme, par exemple, l’Amérique du sud, l’Inde ou la France d’il y a deux siècles… Evidement, cela peut avoir des avantages pour rendre le trajet moins pénible, mais c’est aussi une manière de quitter la réalité de l’instant.
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La notion de durée
      Lorsque nous avons l’impression que notre vie s’inscrit dans la durée, nous passons de même de la réalité à l’imaginaire. Tant que nous vivons dans la durée, nous vivons dans l’imaginaire, dans une fiction qui s’approche peut-être de la réalité (je ne veux pas approfondir ici cette relation), qui peut sembler rebondir avec elle, mais c’est néanmoins l’imaginaire.
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      Si m’asseyant pour méditer, je pense le faire pendant quarante cinq minutes, je suis complètement dans l’imaginaire, car il est impossible de méditer pendant quarante cinq minutes. On ne peut méditer qu’un instant à la fois. Comment le pourrais-je pendant quarante cinq minutes ? Chaque instant est bien suffisant. Parfois la méditation est lourde et fatigante parce que nous nous efforçons de méditer pendant quarante cinq minutes ! Il est donc important, dans notre pratique, de réaliser ce fait, pour ne pas inscrire notre session assise dans la durée. Sinon, cela revient à conserver constamment un filtre à l’esprit qui s’interpose entre nous, notre conscience, notre présence et l’expérience elle-même. Résultat : au lieu d’être dans l’expérience, nous sommes dans le filtre.
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      Nous contemplons un concept, la notion de temps et de durée. Cela peut être une cause de fatigue, de frustration.
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      Tant que nous vivons dans la durée, la plénitude est impossible, car la durée est une fragmentation. Schématiquement, caricaturalement même, si je vis dans la durée, il y a une partie de moi au passé, une partie de moi au présent et une partie au futur. Le moi est fragmenté. Comment pourrais-je alors faire l’expérience de la plénitude, les parties au passé et au futur étant, qui plus est, imaginaires ? Comme il est constamment dit dans les traditions mystiques et yoguiques, l’accès à la plénitude demande de se dépouiller de la notion du temps. C’est une évidence. Comment pourrait-on être présent au passé, au futur ? Une plénitude au passé ou au futur n’est que fiction.
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      Je voudrais maintenant revenir sur la phrase de Maurice Blanchot  » le passé n’a jamais existé « , non pour lui donner un sens particulier, mais pour me questionner. Ce qui est passé pour moi – l’expérience de bouger ma main que j’ai faite ce matin par exemple, ou une expérience pendant la méditation que j’amène maintenant à mon esprit en tant que mémoire, n’est pas l’expérience elle-même mais seulement un concept, une image. Or, ce concept, cette image, n’a jamais existé autrement que dans l’ordre de l’image, du concept. Le passé n’est donc jamais autre chose qu’une image, un concept de l’imaginaire. Si le passé était quelque chose de réel, il ne serait pas possible de le conserver. Est-ce clair ? En d’autres termes : ce que j’appelle passé n’est qu’une image de quelque chose qui ne peut être conservé puisque cette chose est de l’ordre de l’expérience pure.
C’est donc bien l’image – la conceptualisation de l’expérience pure – que maintenant j’appelle passé ; et pour que l’image soit disponible maintenant, il a fallu au moment de l’expérience que l’image, le concept soit formé car, lui, peut-être mémorisé et conservé.
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      Par conséquent, ce que nous appelons passé – ce que nous appelons futur – n’est jamais réel, n’est jamais une expérience, n’est que de l’ordre du pur imaginaire. Quand nous parlons du passé ou du futur, nécessairement, nous parlons de l’imaginaire et non des expériences réelles. Cela signifie qu’entre ce matin et il y a quatre mille ans, pas la moindre durée réelle n’existe, pas la moindre  » distance « .
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      Elle est fictive. Il n’y a en réalité aucune durée entre les deux, mais nous avons le pouvoir d’en créer la fiction.
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      Dans notre pratique, il est important de reconnaître quand nous inscrivons notre méditation dans la durée. Le faire signifie clairement que nous passons dans l’ordre conceptuel et que nous ne sommes plus dans l’intimité de l’expérience même. Un chorégraphe français disait :  » on peut penser le corps, mais il faut le penser pesant « . C’est une façon un peu paradoxale de s’exprimer pour dire que l’expérience du corps n’est pas une pensée. En le pensant pesant, ce qui a du poids n’est pas la pensée, mais l’expérience du corps elle-même. Et, à ce moment, nous ne sommes plus dans la pensée, mais dans l’expérience, qu’elle soit auditive, émotionnelle, tactile ou de tout autre nature. Revenir à l’expérience. Sans la juger. Sans l’évaluer. Sans vouloir la transformer. Sinon, de nouveau, nous glissons dans l’imaginaire, beaucoup plus superficiel, manquant d’intimité. Et, toujours, dans l’imaginaire, il y a quelque chose de l’ordre du manque.
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      Il me semble donc essentiel de bien voir comment intervient la notion du temps dans la méditation, car elle constitue peut-être le préjugé le plus important que la force de l’habitude nous fait introduire dans la pratique – ce qui nous complique la tâche en rendant la méditation difficile, fatigante, longue. Et nous avons bien compris que la notion du temps n’est pas nécessairement reliée aux termes relatifs du temps : matin, soir, hier, demain, passé, futur…. mais à tout mouvement qui vise autre chose que ce qui est, dans le présent. Dès que l’on vise autre chose, dès qu’un objectif intervient, elle est introduite. Il ne peut y avoir d’objectif sans la notion de durée. Dès qu’un objectif de transformation, d’amélioration existe, immédiatement nous sommes dans la durée.
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      Essayez donc d’être conscients de ces notions. Lorsque nous prenons conscience de l’objectif, du souhait que nous pouvons avoir, lorsque nous le reconnaissons, il est alors possible de ne plus y adhérer. A ce moment, la pratique se simplifie car nous sommes en relation avec ce qui se passe maintenant. Le présent n’est jamais fatiguant. C’est vouloir le transformer qui nous épuise.
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      Evidemment, la notion d’objectif, de transformation est fortement ancrée en nous. Nous l’utilisons presque constamment dans la vie quotidienne. Nous sommes rémunérés pour obtenir des résultats, pour réaliser des objectifs… Et tout d’un coup, dans la pratique méditative notre attitude est complètement différente, non plus de l’ordre de la transformation, du devenir, mais de l’ordre de l’être. Cela demande une autre sensibilité.
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      Je voudrais terminer par une anecdote. Aux Etats-Unis, j’ai eu en entretien un jeune homme qui m’a dit :  » Lundi, je dois voir le patron de l’entreprise pour laquelle je travaille. A ce moment là, je dois présenter mes objectifs. Pas des objectifs techniques
particuliers, des objectifs de développement pour passer à un échelon supérieur. Il faut que je fasse un projet pour toute l’année.  » Venant de passer une semaine à essayer d’être dans le présent, il se demandait : Comment vais-je pouvoir parler à mon patron en adhérant à la nécessité de m’efforcer constamment de monter, alors que j’essaye en fait de m’arrêter pour être dans le présent ?
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      Evidemment, j’ai bien compati à son problème. Heureux de ne pas avoir de patron à qui rendre des comptes et qui me demanderait des projets pour toute l’année ! Cette anecdote a pour simple but de mettre en évidence que nous utilisons constamment les notions de temps et d’objectif pour fonctionner. Dans la méditation, nous développons la qualité d’être et non le devenir. Il s’agit donc de ne plus adhérer aux modèles du devenir. Et ce n’est pas une question de décision, car les habitudes surgissent avec beaucoup de force. Constamment, nous allons nous surprendre à essayer d’améliorer notre méditation. Ce n’est pas un problème si nous ne croyons pas que ce soit ce qu’il faut faire. Si nous réalisons que ce n’est pas le bon moyen, nous pouvons laisser tomber cette attitude lorsque nous en prenons
conscience et rester dans l’expérience telle qu’elle se présente. Mais, pour cela, il faut avoir bien compris que la transformation n’est pas le processus méditatif. Sinon, nous allons adhérer à l’idée de transformer et continuer d’agir ainsi.
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      Je souhaitais vous transmettre aujourd’hui ces quelques réflexions sur l’intervention de la notion de temps, parce qu’elles me semblent très importante dans la pratique méditative. Aussi,
pour alléger vos quarante cinq minutes d’assise, afin que la durée
disparaissant, il n’y ait qu’un seul instant à la fois.
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La notion du temps – Charles Genoud

http://www.vipassana.fr/Textes/CharlesGenoud_2QuestionnerNotreVisionDuMonde.htm

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Parenthèses

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Ysé Tardan Masquelier – Faire silence

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    Comme le poisson appartient à l’océan et l’oiseau au ciel, le yogi est un être du silence. Silence extérieur, silence intérieur. Silence du corps, des émotions et des désirs, des mémoires et des pensées. Plénitude d’un silence heureux, qui n’a plus besoin de se dire, ayant tout accepté et pardonné. Présence au monde d’un silence ouvert qui ne se soucie plus de se protéger, étant imprenable, ancré au cœur de l’être.
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      Le problème bien contemporain de savoir si le yoga enferme dans une bulle de bien-être à l’abri des bruits d’un monde rageur, s’il empêche de s’engager en mettant au pratiquant des « boules quies invisibles », trouve une réponse. Les courants d’air qui secouent nos jours troublés soufflent aussi sur ces espaces silencieux que la pratique nous consent : le yoga est dans la
continuité de la vie et réciproquement ; le silence est le contrepoint de la rumeur, du chant, du cri, et réciproquement …
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     Certes, on peut toujours se servir des techniques du yoga pour se retrancher dans un autisme d’autant plus subtil qu’il se pare des plumes de la spiritualité. Comme on pourra le constater ici, nous sommes conscients de cette impasse possible et nous avons souhaité y réfléchir en proposant d’envisager le yoga dans un tout autre esprit, dans ce que nous pourrions appeler une démarche « éthique ».
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     Pour employer l’expression indienne, le silence est le fruit d’un tapas – une ascèse, une discipline… Tapas canalise les énergies, non pas pour les réduire, mais pour en extraire la pleine potentialité… C’est un travail opiniâtre, à la fois abandonné et volontaire, un ensemble d’actions cohérentes destinées à produire un résultat intérieur escompté – bonne santé, harmonie, stabilité, sérénité. Il s’agit bien de faire pour être transformé : faire silence, de plus en plus souvent et profondément, pour instaurer un état fondamental de silence.
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     La pratique du yoga conduit à faire silence pour être en silence. Faire silence grâce à tous les exercices qui éteignent l’incessant bavardage intérieur et l’agitation corporelle. Ce travail fait éclore un état de pure présence, de réceptivité, de vigilance lumineuse.
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Ysé Tardan Masquelier  – Revue Française de Yoga, Juillet
2007
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L’enfant intérieur

Je Suis

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Khalil Gibran – La mort

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      Alors Almitra parla, disant,

      Nous voudrions maintenant t’interroger sur la Mort.
      Et il dit :
      Vous voudriez connaître le secret de la mort. 
      Mais comment le trouverez vous si vous ne le cherchez pas au cœur de la vie ?
      Le hibou, aveugle au jour et dont la vue se limite à la nuit, ne peut vous dévoiler le mystère de la lumière.
      Si vous voulez vraiment apercevoir l’âme de la mort, ouvrez grand votre cœur au corps de la vie.
      Car la vie et la mort sont un, comme sont un le ruisseau et la mer.
      Votre connaissance silencieuse de l’au delà repose au plus profond de vos espoirs et de vos désirs;
      Et comme la graine qui rêve sous la neige, votre cœur rêve de printemps.
      Ayez foi en vos rêves, car c’est en eux que se cache la porte de l’éternité.
      Votre crainte révérencielle de la mort est pareille au tremblement du berger devant le roi qui va poser sa main sur lui pour l’honorer.
      Sous ce tremblement, le berger n’est-il pas heureux de ce qu’il va porter la marque du roi ?
       Mais n’en est il pas moins conscient de son tremblement ?
       Car qu’est ce que mourir sinon rester nu dans le vent et se fondre dans le soleil ?
      Et qu’est ce que cesser de respirer sinon libérer son souffle de ses marées agitées pour qu’il s’élève et se répande et cherche Dieu à son aise ?
      C’est seulement lorsque vous aurez bu à la rivière du silence que vous pourrez vraiment chanter.
      Et quand vous aurez atteint le sommet de la montagne, alors vous pourrez commencer à grimper.
      Et quand la terre exigera vos membres, alors vous pourrez vraiment danser.
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Khalil Gibran – Le Prophète
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Lama Guendune Rinpoché

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Petit chant du cœur parfaitement pur,
Échappé de ma bouche :
Se situer au-delà de toutes les notions
De sujet et d’objet, c’est la vue royale.
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Non-agir, non-méditation, non-distraction,
C’est la méditation royale.
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Non-effort, non-rejet, non-adhésion,
C’est l’action royale.
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En dépassant tout espoir et toute peur,
Le fruit devient visible.
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En transcendant tout point de référence,
L’esprit n’existant pas, sa nature se révèle.
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En ne parcourant ni terres, ni chemins,
Le fil de la voie de la bouddhéité est tenu.
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En méditant sans objet de méditation,
L’insurpassable éveil est obtenu.
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Lama Guendune Rinpoché
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Juliette Binoche – Sources n°13

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   L’artiste qui est en chacun de nous,   face à n’importe quel choix de vie, nous met en écoute totale de nous-mêmes et permet qu’alors il n’y ait pas de possibilité de nous tromper
dans nos choix.
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     Ce que j’appelle l’artiste, c’est cette petite voix en nous qui nous donne à voir cette individualité dont parlent les Dialogues avec l’ange.
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    Je me souviens de cette chanson de Barbara qui dit : « Les choses murmurent si nous savons entendre ». C’est exactement cela, entendre le petit murmure qui est en nous, que d’ordinaire nous n’entendons pas  et qu’il nous faut faire exister.
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    Pour cela il faut du silence…Si nous n’avons pas ce petit espace en nous, que nous l’appelions ange, espace intime,
intérieur, silence, les actions que nous accomplissons dans nos vies manquent de souffle.
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    Mais si nous laissons respirer cet espace, cette
main ouverte, l’énergie entre nous et le monde, entre nous et les autres, se renouvelle et nos actes deviennent  beaucoup plus porteurs.
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    C’est mon expérience.
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Juliette Binoche – Sources n°13
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Max Picard – Le monde du silence

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Mais quand deux hommes s’entretiennent,
il y a toujours un tiers présent : le silence ; il écoute.
Ce qui donne de l’ampleur à la conversation,
c’est que les paroles ne se meuvent pas
dans l’espace étroit des interlocuteurs,
mais qu’elles viennent de loin,
de là où le silence écoute.

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Max Picard, Le monde du silence
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L’air de rien
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Vous souhaiter – Jacques Salomé

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Je ne peux que vous souhaiter,
seulement vous souhaiter…
et formuler des vœux,
car leur réalisation vous appartient ;
…………
de vous respecter dans chaque instant de vie,
de vous entendre dans chaque décision,
de vous aimer dans chaque choix,
de vous respecter dans vos sentiments,
dans vos contradictions,
dans chacun des gestes de votre quotidien,
dans les échanges et les rencontres,
dans l’imprévisible de l’existence ;
…………..
de vous respecter dans votre ouverture,
dans vos découvertes et votre quête,
dans vos errances et vos envols,
dans l’appel vers de nouvelles naissances;
………..
de vous accueillir dans vos possibles,
de vous dynamiser dans la transformation des rêves en projets;
……….
de vous respecter dans vos positionnements,
dans chaque parole, dans vos messages;
………..
de vous rejoindre au plus profond
dans ce que vous allez transmettre
ou amplifier de vous en vous.
………..
Et vous dire plus simplement
que c’est dans ce respect vigilant de vous même,
dans la pratique fervente de votre cohérence interne,
que vous grandirez et croîtrez.
………..
Pour respecter la part de divin qui est en vous.
Pour aller dans le sens de votre vocation profonde
qui est de tendre vers plus d’humanitude,
vers plus d’amour et vers plus d’absolu.
……
Vous deviendrez alors des passeurs,
des transmetteurs de vie,
des artisans d’espérance, des levains de soleils,
car vous aller rayonner plus vif que jamais.
…………
Merci à vous d’oser tous ces respects de vous,
et d’en prolonger les vibrations,
les énergies et la lumière
 dans chacune de vos rencontres.
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Jacques Salomé
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Jack Kornfield – La guérison du cœur

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   De même qu’on permet au corps de s’ouvrir et
qu’on le guérit en percevant ses rythmes et en l’entourant d’une attention profonde et bienveillante, on peut ouvrir et guérir d’autres dimensions de son être. 
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    Le cœur et les émotions connaissent un
processus de guérison similaire lorsqu’on leur offre notre attention afin de découvrir leurs rythmes, leur nature, et leurs besoins. La plupart du temps, ouvrir son cœur consiste tout d’abord à s’ouvrir aux souffrances occultées que l’on a accumulées pendant toute une vie – Tant les souffrances personnelles que les souffrances universelles de la guerre, de la vieillesse, de la maladie et de la mort. […]
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    Lorsqu’on prend la place qui est la nôtre et que l’on cultive l’attention méditative, le cœur s’offre tout naturellement à la guérison. Le chagrin des souffrances et des espoirs anéantis, retenu en nous si longtemps, s’exprime alors. Nous pleurons sur nos traumatismes passés et sur nos peurs présentes, sur toutes les émotions que nous n’avons jamais osé ressentir consciemment. […]
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     La réconciliation sincère avec la  souffrance fait naître dans notre cœur une joie immense et inébranlable.  
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Jack Kornfield – Périls et promesses de la vie spirituelle
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Nocturnes
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Jack Kornfield – Ai-je su aimer ?

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    Voici la matière des enseignements de ce livre : trouver un chemin qui a du cœur, s’engager dans un chemin qui nous transformera et nous touchera au plus intime de notre être ; trouver, finalement, une forme de pratique qui nous permettra de vivre dans le monde totalement et pleinement à partir du cœur.
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    Lorsque nous nous posons la question : « Ai-je choisi un chemin qui a du cœur ? » nous découvrons que personne ne peut définir précisément à notre place ce que devrait être notre chemin. Au contraire, nous devons permettre au mystère et à la beauté de cette question de résonner dans notre être. Alors, de quelque part en nous, une réponse surgira et une compréhension naîtra. En faisant silence et en laissant s’exprimer la profondeur de notre être, fût-ce pour un instant, nous saurons si le chemin que nous suivons est un chemin qui a du cœur.  [….]
….
    Pour aimer pleinement et vivre une vie juste, nous devons admettre qu’en fin de compte nous ne possédons rien, que rien ne nous appartient – pas plus notre maison que notre voiture, nos proches, ni même notre propre corps. La joie spirituelle et la sagesse ne découlent pas de la possession mais plutôt de notre aptitude à nous ouvrir, à aimer plus pleinement, à être libre dans notre relation à la vie. [….]
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     Tout ce qu’on peut faire est de regarder dans son propre cœur et de se demander ce qui est important dans sa propre manière de vivre. Qu’est-ce qui pourrait me conduire à une plus grande ouverture, à une plus grande honnêteté, à la capacité d’aimer plus profondément ? [….]
……..
    Un chemin qui a du cœur englobera aussi nos talents et notre créativité spécifiques. [….] Quelque soit notre choix, ce que nous créons dans notre vie  doit émaner du cœur. Si nous agissons sans être en contact avec notre cœur, même les plus grandes choses de notre vie peuvent se dessécher, perdre leur sens ou devenir stériles. [….]
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     Le désir d’être aimé et le mouvement de l’amour sous-tendent toutes nos activités. Le bonheur que nous découvrons dans la vie ne provient pas de la possession, de l’acquisition ni même de la compréhension. Il vient bien plutôt de la découverte de la capacité d’aimer et d’avoir avec la vie tout entière un rapport aimant, libre et éclairé. Loin d’être possessif, un tel amour naît du sens de notre propre bien-être et de notre sentiment d’être relié au tout. Par conséquent, généreux et alerte, il aime la liberté de tout ce qui est. Inspiré par l’amour, notre chemin peut nous donner le désir d’apprendre à utiliser nos talents pour guérir et servir, créer la paix autour de nous, honorer le   caractère sacré de la vie, bénir tout ce que nous rencontrons, et vouloir le bien de tous les êtres. [….]
…..
    Même au milieu de ce monde complexe où nous vivons, nous pourrons trouver la lucidité et la simplicité quand nous aurons découvert que le plus important est la qualité de cœur que nous consacrons à la vie. [….]
……..
    Tous les autres enseignements spirituels seront vains si nous ne sommes pas capables d’aimer. Même les états les plus exaltés, les accomplissements spirituels les plus exceptionnels demeurent insignifiants si nous sommes incapables d’être heureux d’une manière élémentaire et ordinaire, si nous ne savons pas être sensibles à l’autre et à la vie qui nous a été donnée. Ce qui compte, c’est comment nous vivons. Voila pourquoi il est si difficile et crucial de nous poser cette question : « Est-ce que je vis pleinement mon chemin, est-ce que je vis sans regret ? » afin qu’au dernier jour de notre vie, nous puissions dire : »Oui, j’ai vécu mon chemin avec cœur. »
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Jack Kornfield – Périls et promesses de la vie spirituelle
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Énergie
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Christian Bobin – Mozart et la pluie

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    Nous voulons être aimés. Vouloir est de trop dans cette phrase. Nous rêvons d’être aimés. Ce mot est plus juste: rêver. Nous rêvons sincèrement, naïvement d’être aimés. C’est ce que nous croyons, c’est ce dont nous rêvons. Naïvement, innocemment. Mais nous nous trompons sur notre croyance et sur notre rêve. Ce dont nous rêvons, en vérité, c’est d’être préférés – aimés, oui, mais un peu plus que les autres. Préférés. […] Nous confondons l’amour et la préférence, l’amour et la perfection, l’amour et le repos.
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Christian Bobin – Mozart et la pluie
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Bhante Henepola Gunaratana : Accepter d’être responsable de ses actions.

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    L’enseignement du Bouddha sur les causes et leurs effets montre clairement qu’accepter d’être responsable de ses actions est le fondement du bien-être et de l’épanouissement. Nier nos imperfections et rejeter sur le monde la responsabilité de votre mécontentement vous embourbe dans l’insatisfaction. Des malheurs arrivent à tout le monde. Aussi longtemps que vous rendrez vos parents ou la société responsable de vos problèmes, vous vous donnez des excuses pour ne pas changer. Du moment où vous accepté d’être le responsable de votre situation, même si d’autres peuvent y avoir contribué, vous commencez à avancer dans une direction positive.

    Il me semble que nous déformons la réalité et nous dispensons d’assumer notre responsabilité personnelle au moins de trois façons.

    D’abord nous pensons que le monde extérieur est la cause de nos malheurs. Résultat : nous dirigeons toute notre énergie et nos capacités mentales vers l’extérieur. […]

    Naturellement, le désir d’améliorer la société est louable. Voyant combien il y a de malheureux, nous éprouvons de la compassion et agissons pour alléger leur souffrance. Mais, souvent, nous ne nous rendons pas compte qu’en essayant de corriger les problèmes des autres, nous oublions ou refoulons les nôtres. […]

    En réalité, nous manquons peut-être de l’honnêteté et du courage nécessaires pour examiner nos vraies intentions. […] Reconnaître les intentions derrière nos actions peut nous aider à nous concentrer sur la tâche de première importance : mettre notre propre maison en ordre avant d’essayer de sauver les autres.

    La deuxième excuse que nous invoquions pour nous dispenser d’accepter la responsabilité de nos actions consiste à soutenir que nous n’avons pas de problèmes. Nous nous focalisons sur nos propres objectifs et nos plaisirs, et ne portons que peu d’intérêts à la manière dont les autres peuvent être affectés par ce que nous faisons. […]

    La troisième manière d’éviter nos problèmes personnels est simplement de les fuir ; C’est ce nous faisons tous. Regarder la télévision ou vider le réfrigérateur de la glace au chocolat sont des façons typiques d’éviter une honnête réflexion sur soi-même. Vous endormez votre esprit et votre corps par le confort et la détente, et vous allez au lit. Le temps passe. À part vieillir et grossir, rien ne change. Le défi consiste à avoir le courage de se demander pourquoi.

    […] que vous essayiez  de changer le monde, de l’ignorer ou de vous en détourner, vous ne pouvez pas éviter la responsabilité finale de vos actions.   […] Notre véhicule – notre agrégat corps-esprit – est rempli de moments difficiles. la seule chose qui puisse nous aider, selon l’enseignement du Bouddha, est de trouver un moyen d’améliorer le seul instrument ayant le pouvoir de nous rendre et de rendre le monde heureux. Cet instrument est notre esprit.

Bhante Henepola Gunaratana – Les huit marches vers le bonheur, Éditions Albin Michel.

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Arnaud Desjardins: La méditation

   

     […] Jusqu’à présent, vous avez considéré que l’important, ce sont les événements extérieurs, les faits, la vie, le monde. Mais vous pouvez découvrir que la question réelle n’est pas le monde extérieur, c’est la pensée que vous en avez ; que c’est par rapport à vos pensées que vous devez vous situer ; par rapport à vos pensées que les grandes questions se posent ; par rapport à vos pensées que vous êtes libéré ou non libéré. La non-libération est une pensée du moment ; quand vous n’y pensez pas, ce n’est plus rien du tout. Vous pensez à la libération.

    Mais la libération, c’est la disparition de ces pensées, et non seulement la disparition de la pensée de non-libération, mais même la disparition de la pensée de libération. Et si j’essaie de ne plus penser? Juste d’être, mais d’une Conscience absolument pure, pure, qui ne contienne rien d’étranger, absolument libre. Inévitablement la pensée vient faire son commentaire et m’accompagne: « Et voici qu’un grand silence s’établit à l’intérieur de moi… » Je me passerais bien de ce commentaire-là. « Et voici qu’un calme nouveau apparaît dans mon cœur… » Je me passerais bien de cette pensée-là. « Et voici que je suis un peu fatigué, cela gêne ma méditation. » Encore un autre type de pensée ! […]

    Quand vous êtes réveillé, si vous essayez de faire silence intérieurement, de prendre conscience de vous paisiblement, si vous essayez de « méditer », reste-t-il ou non une pensée ? Ne confondez pas la conscience et la pensée et ne vous laissez pas induire en erreur par la parole célèbre de Descartes : « Je pense, donc je suis. » Vous pouvez très bien être sans penser. Il peut exister une conscience sans aucune pensée – même pas des pensées de libération, des pensées de méditation, des pensées de silence, des pensées de paix. Sans aucune pensée. Ensuite, il s’avère que cette Conscience est compatible avec certaines perceptions et certaines conceptions, c’est-à-dire avec la participation à l’existence dans le relatif. Et voyez bien qu’une pensée n’existe que dans le « ici et maintenant ». Vous avez trop tendance à ne pas avoir les idées suffisamment claires sur cette question aussi simple. […]

    Ces pensées se rapportent toujours à nous-mêmes : « moi… Je suis un pécheur repenti ; moi je suis un disciple ; moi je suis presque un sage… » La pensée centrale est cette pensée de « moi », l’identification essentielle qu’on peut exprimer en effet par « moi » ou « ego » qui correspond au « corps causal » (karana sharir) et dont découlent toutes les autres pensées. […]

    Le chemin vous conduit à un accomplissement plus radical, fondamental, absolu, et dont tout le reste dépend, à une transformation essentielle de votre conscience à partir de laquelle plus rien n’est exactement le même. Comme dit le zen : « Les montagnes sont de nouveau des montagnes et les rivières sont de nouveau des rivières. » Seulement « nous », nous ne sommes plus là de la même façon pour prendre conscience des montagnes et des rivières. Le fond individuel, le sens de la séparation, la référence de l’ego ont disparu. Et comment cette référence de l’ego peut-elle disparaître un beau jour ? […]

    « Qui suis-je ? » Vous pourriez redécouvrir par vous-mêmes tous les aspects de l’enseignement, uniquement en vous posant la question fondamentale : « Je veux être libéré. Qui veut être libéré ? Je n’ai pas résolu mes problèmes. Qui n’a pas résolu ses problèmes ? J’ai peur. Qui a peur ? Il va peut-être m’arriver des choses horribles ! À qui va-t-il arriver des choses horribles ? » En cherchant à répondre à cette question, à laquelle la plupart des êtres humains ne répondent jamais parce qu’ils ne se la posent jamais, vous redécouvrez tout l’enseignement. Vous redécouvrez que vous avez un corps physique qui est grand ou petit, qui est malade, qui pourrait éventuellement être torturé. Vous redécouvrez que vous avez des sensations, que vous êtes susceptibles d’être pleins d’énergie ou épuisés. Vous redécouvrez que vous avez des émotions. Vous redécouvrez que vous avez des pensées. Vous redécouvrez qu’il y a des habitudes. Vous redécouvrez tout. […]

    Revenons à cette tentative que vous ferez tôt ou tard ou que vous avez peut-être faite bien des fois : « Je vais essayer de rester silencieux. Je vais essayer de découvrir en moi cette Conscience suprême dont ils parlent tous, y compris Arnaud. Je vais prendre conscience. » Et tout ce dont vous prenez conscience, malheureusement – mais ce ne sera pas toujours comme cela, heureusement –, est interprété immédiatement, est pensé. « Je suis calme » ; c’est une pensée. « Je n’ai pas de pensées » ; c’est une pensée. « Je sens un sentiment nouveau dans le cœur » ; c’est encore une pensée. Ou, au contraire, les constatations qui semblent vous écarter de la réalisation : « je n’arrive pas à prendre une bonne posture » ; « il y a une contraction que je ne peux pas relâcher dans le bas de mon dos ». C’est une pensée. Vous pensez : « Ah, ça y est, je dois lutter… il y a des associations d’idées qui me viennent et voilà, elles passent » ; encore heureux si vous ne vous laissez pas happer. Même dans vos tentatives de méditation, de silence intérieur, de réalisation de l’infini ou de l’absolu, la pensée continue à fonctionner pour donner son commentaire, pour apprécier, pour vouloir. […]

    Et si j’essaie de ne plus penser ? Juste d’être, mais d’une Conscience absolument pure, pure, qui ne contienne rien d’étranger, absolument libre. Inévitablement la pensée vient faire son commentaire et m’accompagne : « Et voici qu’un grand silence s’établit à l’intérieur de moi… » Je me passerais bien de ce commentaire-là. « Et voici qu’un calme nouveau apparaît dans mon cœur… » Je me passerais bien de cette pensée-là. « Et voici que je suis un peu fatigué, cela gêne ma méditation. » Encore un autre type de pensée !

    Considérez la pensée comme une certaine manière de prendre conscience des phénomènes. La libération, (état de Conscience suprême, en fait, n’est pas incompatible avec les phénomènes. Vous pourriez être parfaitement, totalement libres même s’il y a encore des sensations de malaise, même s’il y a encore une pensée qui passe, même s’il y a encore tout ce qui vous fait dire que vous n’êtes pas libérés. C’est encore une pensée de constater: «Ah, ça y est, ce n’est pas pour aujourd’hui; ça y est, je ne me sens pas bien – donc, c’est contraire à la libération ! Ces pensées-là ne devraient pas venir si j’étais dans l’état suprême. » C’est cela qui vous empêche d’être libérés: de penser que ces pensées ne devraient pas venir, de penser que ces sensations ne devraient pas venir, de penser que ces émotions ne devraient pas venir, de penser quoi que ce soit au sujet de la libération. Si vous pouviez vous abstenir du moindre commentaire, si vous pouviez ne plus faire de différence entre libération et non-libération, vous seriez à l’instant même libérés. Et si cette différence ne revenait jamais plus, eh bien cette libération ne serait plus jamais voilée ou recouverte.

     Considérez la libération comme un état – ou plutôt une absence d’état, ou un état au-delà de tous les états – qui est ou n’est pas recouvert. C’est tout. Comme le ciel bleu. Aujourd’hui nous ne voyons pas 1e ciel bleu, les ombres ne sont pas marquées, le soleil est entièrement caché par les nuages, pourtant nous savons bien que, derrière les nuages, le ciel bleu est là. Les nuages s’écartent un instant, nous voyons le ciel; les nuages reviennent, nous ne le voyons plus. Mais le ciel bleu est toujours là. Ce qu’on appelle communément un « état de conscience supérieur » ou même un des différents états de « samadhi» reconnus et classés par l’Inde, c’est un moment où les nuages se sont un peu dissipés et où nous avons découvert un peu de ciel bleu – et puis les nuages reviennent et le ciel bleu disparaît.

    Ou bien les nuages reviennent mais le ciel bleu ne disparaît plus parce que nous sommes situés à dix mille mètres d’altitude c’est-à-dire que les nuages sont en dessous de nous, et non plus entre nous et le ciel bleu. Voilà la libération: être situé du côte du ciel et regarder passer les nuages qui ne vous voilent plus ni le ciel, ni la lumière du soleil. Et ces nuages, ce sont uniquement des pensées. Les souffrances sont des pensées, c’est-à-dire des formes de votre conscience. Revenez toujours à ceci. Ces nuages, ce sont uniquement des pensées.Vous n’êtes prisonniers de rien d’autre que de vos pensées Vous n’avez à vous libérer de rien d’autre que de vos pensées. Voilà la vérité. Et vous n’avez pas d’autre problème que celui de vos pensées. Vous n’avez aucun problème, ni avec votre santé, ni avec votre métier, ni avec votre patron, ni avec vos enfants, ni avec votre femme, ni avec votre voisin, ni avec votre propriétaire, ni avec le maire de votre commune. Vous n’avez qu’un seul problème : un problème entre vous et vos pensées. […]

     Le point de départ peut être bien simple : « Comment se fait-il que je sois affecté quand on me critique ? » Qui est affecté ? Cette identification à l’ego. Et, si vous allez plus loin, plus profond, vous voyez toujours l’identification à l’ego. Finalement, qu’est-ce qui est libéré et qu’est-ce qui n’est pas libéré ? Cette identification à l’ego et ces pensées qui sont toutes fondées sur une pensée, la pensée : « je suis “moi” ou “je suis Arnaud Des-jardin” », la pensée fondamentale. Mais bien sûr, ce que j’affirme, appliquez-le à vous-mêmes. […]

     Vous pensez à la libération ; vous pensez que vous n’êtes pas libéré. Vous pensez que vous n’êtes pas en contact avec l’infini. Et vous vous crispez vous-même, et vous vous maintenez vous-même dans une dualité de votre fabrication entre libération et non-libération, infini et fini, limité et Illimité. Ne pensez pas. Ne pensez même pas à la libération ! C’est un silence, le contraire d’une demande, le contraire d’une affirmation. La vraie méditation est l’absence de tout désir d’être libéré. Tant qu’il y a le moindre désir du Soi, le moindre désir d’être libéré, cela reste une affirmation personnelle, une affirmation située dans le temps  « Je ne suis pas, juste maintenant, libéré mais peut-être que dans un moment je vais l’être ».Et c’est perdu ! Par là même, vous vous réinsérez dans la durée, par là même vous vous réinsérez dans la dualité, par là même vous vous réinsérez dans la limitation. […]

    Votre seule tentative doit être celle du silence le plus absolu qui puisse être, de la non-demande la plus absolue qui puisse être, du non-désir le plus absolu qui puisse être. Pas question de désirer Dieu, pas question de désirer la sagesse, pas question de désirer l’atman, pas question de désirer la libération. Silence absolu… Et ce silence ne peut venir que de l’acceptation. Si vous pouviez être « un » à cent pour cent avec le fait de n’être pas libéré, vous seriez libéré à l’instant même. […]

     Pendant longtemps, votre vie sera fondée sur ces trois paroles célèbres du Christ : « Cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira ; demandez, et l’on vous donnera.» Ne tenez pas compte des exceptions qui confirment la règle, des éveils spontanés qui apparaissent tout d’un coup chez un être particulièrement mûr : il y en a quelques-uns par siècle pour l’ensemble de l’humanité mais ce n’est pas là-dessus que vous pouvez vous appuyer.En ce qui vous concerne vous, « cherchez et vous trouverez, demandez et l’on vous donnera, frappez et l’on vous ouvrira ». Demandez à la profondeur de vous-même ; frappez à la porte de votre propre subconscient. Et les mystères de votre être se révéleront à vous. Il est certain que celui qui ne fait aucun effort d’aucune sorte dans le sens de l’éveil ne s’éveillera pas. Un jour, vous serez mûr, vous serez au seuil. Et ce qui devient vrai, c’est : Ne demandez pas, et à l’instant même tout vous sera donné ; ne cherchez pas, et enfin vous trouverez ; ne frappez plus, et vous verrez que la porte n’a jamais été fermée. […]

    Vous cherchez à découvrir en vous – la méditation vous ramène surtout à vous-même – cette réalité qui échappe à la durée, au changement, qui est invulnérable, indestructible, qui est votre essence et votre nature réelle, et que les hindous ont très justement appelée le Soi, parce que c’est l’alpha et l’oméga, l’origine et le retour de toute conscience de soi. À l’intérieur de tout « je suis » qualifié, se trouve – mais rapetissée, amenuisée, limitée – cette Conscience illimitée et infinie. Même si vous êtes convaincus intellectuellement, même si vous pressentez que vous êtes une réalité infinie, celle-ci ne se révélera pas immédiatement.

Arnaud desjardins –  A la recherche du Soi, Tu es cela

Bhante Henepola Gunaratana: Le changement

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    Le changement nous mécontente généralement. Quoique nous fassions le changement nous sépare de ce que nous aimons et nous offre ce que nous haïssons. La mort et l’éloignement nous sépare de ceux que nous aimons. Les amis déménagent. Les partenaires nous rejettent. De telles séparations nous font très mal. Perdre ce à quoi nous sommes attachés nous met en colère et nous attriste. Même une chose insignifiante peut nous désoler quand elle se casse ou disparait.

    Non seulement nous perdons les choses que nous aimons, mais nous sommes continuellement confrontés à des gens et à des situations dont nous souhaiterions  qu’ils n’existent pas – au moins pas ici, pas maintenant. Vivre ou travailler, chaque jour avec quelqu’un que nous n’aimons pas crée beaucoup de mécontentement. Même quelque chose que nous ne pouvons pas contrôler comme le temps, nous rend insatisfaits.

    Quand nous regardons autour de nous, il est clair que tout ce qui existe est cause d’insatisfaction. Pourquoi en est-il ainsi ? En fait dans le monde, tout ce qui existe résulte d’une cause. Les changements de la pression atmosphérique, les vents et la température sont des causes de la pluie. Un arbre  a pour cause la graine à partir de laquelle il grandit et la lumière su soleil, la terre et l’eau qui le nourrissent. Notre vie, elle aussi, est le produit de conditions […]

    Le Bouddha a appelé tout cela et toutes les autres choses qui apparaissent à partir de causes des « productions conditionnées ».Il a expliqué que toutes les choses conditionnées ont trois caractéristiques. Premièrement elles sont impermanentes. Avec le temps tout – montagnes et moucherons, maisons et ordinateurs…. se dégrade, change ou meurt. Deuxièmement, en raison de ces changements, tout ce qui est conditionné est insatisfaisant. Comme nous l’avons vu, toute chose changeante peut faire surgir la souffrance. Troisièmement toutes les choses conditionnées sont sans soi et sans âme. Cette dernière caractéristique est la plus difficile à comprendre. […]

      L’impermanence est assez facile à comprendre. Le fait que les choses soient changeantes n’est pas un problème. C’est plutôt notre attachement aux personnes et aux choses qui nous rend malheureux. […]

    En raison de l’impermanence, rien de plaisant, de joyeux, de délicieux ne le demeure. […] Nous devons regarder droit dans les yeux cette insatisfaction créée par le changement et la reconnaître. Pourquoi la cacher et prétendre que tout est rose ?

    Lorsque nous regardons le changement en face, nous pouvons commencer à voir qu’il a aussi un côté positif ; Nous pouvons compter sur le fait que les conditions dans lesquelles nous nous trouvons, changeront aussi. Les choses peuvent aller plus mal. Mais elles peuvent aussi aller mieux. A cause de l’impermanence, nous avons la possibilité d’apprendre, de nous développer, de grandir,, d’enseigner, de nous souvenir et d’effectuer d’autres changements positifs, y compris pratiquer la voie du Bouddha.

     « D’accord ! Nous comprenons l’impermanence et le mécontentement qu’elle cause. Mais que signifie cette absence de soi ou d’âme ? Qu’a-t-elle à voir avec le changement ? ». Le Bouddha a enseigné que les êtres et les objets de ce monde sont sans soi ou sans âme, précisément parce qu’ils sont toujours changeants. Nous ne sommes pas, nous-mêmes ni tout ce qui nous entoure,  des entités statiques, permanentes. Nous ne pouvons pas coller une étiquette « moi » ou « mien » sur quoique ce soit dans l’univers. Tout change trop rapidement.

     Avec notre corps et nos sensations qui changent, nos perceptions, nos pensées, notre conscience, nos habitudes et nos intentions qui changent également, comment pourrions-nous désigner quelque  chose et dire « C’est à moi » ou « C’est moi » ? Même l’idée ou la croyance « Ceci est moi » change immédiatement. […]

     Plus exactement, nous-mêmes et toute chose sommes en transformation, un flux continuel de croissance et de dégénérescence, de constructions et de déconstructions ; Rien de notre monde ou de nous-mêmes n’est séparé et stable. Observez votre esprit pendant une minute et vous verrez ce que je veux dire. Les souvenirs, les émotions, les idées, les sensations  dansent sur l’écran de la conscience si rapidement que nous pouvons à peine les attraper. Par conséquent, il est insensé que l’esprit saisisse et s’attache à n’importe laquelle de ces ombres passagère ou les repousse avec haine. Lorsque notre Vision intérieure est rapide et pénétrante, comme c’est le cas en état de concentration profonde, nous pouvons alors voir les changements clairement – si clairement qu’il ne reste plus de place pour croire à un soi. […]

    Vous voyez combien il est difficile d’accepter cette notion d’absence de soi. Et pourtant, tant que vous conservez l’idée du soi, vous vous sentirez inconfortable, rigide et avide, et les gens trouveront désagréable votre moi égotiste. Vous serez contrarié ou en colère quand quelqu’un ne sera pas d’accord avec vous ou vous fera des reproches sur un sujet, quand les choses vous décevront ou n’iront pas comme vous le voulez, et même quand on vous adressera une critique constructive. […]

    En comprenant vraiment l’absence de soi, vous pouvez vous sentir heureux et détendu où que vous alliez, que vous soyez bien ou mal traité . […]

    Pour le moment nous devons nous contenter d’accepter cette idée intellectuellement. À mesure que se poursuit notre pratique de la Vision intérieure, nous pouvons cependant attendre ardemment le jour où nous percevrons directement l’absence de soi et l’absence d’âme en tous les phénomènes. Quand cela arrive, le mécontentement qui résulte du changement, disparait pour nous à jamais. […]

     Lorsque la Vision intérieure vous fait prendre conscience que le soi que vous avez si vigoureusement protégé est, en fait une illusion – un courant de sensations, d’émotions et d’états physiques, constamment changeants, sans permanence ni identité fixe – il n’y aura plus de « vous » pour s’attacher aux objets impermanents de ce monde.  Et par suite, pas de raison pour vous d’être insatisfait ou malheureux.

 Bhante Henepola Gunaratana – Les huit marches vers le bonheur, Éditions Albin Michel.

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identité

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La Sagesse – Charles Genoud

    Hier en fin d’après-midi, j’ai commencé à parler de la différence entre Samatha et Vipassana, entre la concentration et la sagesse. Pour être plus précis, la traduction de Vipassana est : vision pénétrante, menant à la sagesse. J’ai également donné quelques indications concernant le développement de la concentration, à partir d’un discours du Bouddha traitant en particulier des obstacles qui empêchent son développement. Je voudrais aujourd’hui ajouter quelques éléments au sujet de la sagesse, car j’ai été trop bref à son sujet.

    Imaginez d’abord qu’un texte soit écrit sur le mur d’une pièce. Celle-ci est dans l’obscurité. Il est impossible de lire le texte. Maintenant, nous allumons une bougie dans la pièce. Deux situations peuvent exister. Dans la première, la flamme est stable. La lumière éclaire la pièce et permet de lire le texte. Dans la seconde, à cause des courants d’air, la flamme bouge constamment. La lumière vacille et, malgré sa présence, le texte ne peut être lu. La concentration correspond à la stabilité de la flamme. Une question se pose alors : quel est le texte à lire à la lumière de la concentration ? Qu’allons-nous pouvoir réaliser, comprendre, voir clairement, selon le sens du mot Vipassana ?

    Ces derniers jours, j’ai abondamment utilisé le terme  » intimité  » pour parler de ce qui est mis en jeu dans la méditation. Cette intimité est le fait de pénétrer à l’intérieur de l’expérience sans s’arrêter à sa surface. C’est le concept, l’image qui nous laisse à la surface de l’expérience. Si on projette un concept ou une image sur une expérience, on se relie à eux et non à l’expérience elle-même, ce qui ne permet pas l’intimité.

    L’intimité est donc le fait de faire l’expérience sans intermédiaire, de se relier à elle sans concept. Toute notion de distance entre le méditant et l’expérience est créée par le mental, par le concept. Seuls un concept, une image peuvent créer cette distance. La pratique méditative va avoir pour effet de revenir à la simplicité, à un état situé avant que les concepts viennent interpréter les expériences.

    Dans la tradition mystique chrétienne il est dit : si on connaît Dieu à l’aide d’un moyen, d’une technique, on connaît la technique, mais on ne connaît pas Dieu. Cela veut dire que n’importe quel intermédiaire qui se situerait entre le mystique et l’expérience de Dieu constituerait un voile. De même, dans toute expérience, s’il y a un intermédiaire – concept, image – c’est un voile qui empêche la vision pénétrante, l’intimité, la réalisation profonde de la nature de l’expérience.

    J’ai évoqué le concept du temps que nous utilisons constamment pour structurer nos expériences quotidiennes. Si la notion du temps intervient dans notre méditation, si nous l’inscrivons dans la durée, cela revient à placer un voile permanent dans notre pratique. Il rend l’intimité impossible à quelque moment que ce soit.

    Une autre notion récurrente va également créer un voile permanent et rendre l’intimité impossible : c’est la distinction qui existerait entre un sujet et un objet. C’est le processus qui s’attache à faire des expériences avec la notion de moi, à s’approprier les expériences comme si elles étaient la possession d’un moi, ou la caractéristique d’un moi. Si cette structure existe dans l’expérience, cela signifie qu’il y a l’expérience plus un concept – la notion qui s’appelle  » moi « . Dans ce cas, la notion de  » moi  » est le voile qui empêche l’intimité et maintient l’idée de dualité. L’intimité, je le répète, n’admet pas de dualité, mais est au contraire l’unité dans l’expérience.

    Évidemment, la projection de la notion de moi dans l’expérience est très forte. Elle possède toute la force de l’habitude. Beaucoup d’attachements lui sont liés, que nous allons pouvoir explorer dans la pratique méditative, non point en partant en guerre contre le moi – ce serait ridicule – mais en s’autorisant, en se rendant disponible à une intimité qui ne croit pas, ou ne s’appuie pas sur la nécessité du moi. On ne le nie pas, mais on se rend disponible : peut-être est-il possible de faire l’expérience sans qu’elle dépende du moi ?

    Pour prendre un exemple : si le vent souffle, on ne cherche pas nécessairement un agent qui serait à l’origine du vent – un souffleur, qui soufflerait le vent. Le vent souffle, c’est tout. La dualité souffleur-vent n’est pas introduite. Pareillement, dans nos expériences, même si on dit  » je vois « ,  » j’entends « , la vision voit, l’audition entend, sans qu’une notion de moi aide en rien. Au contraire, elle vient empêcher une vision ou une audition plus intimes. Ajoutée dans l’expérience elle-même, la notion du moi est une entrave, un corps étranger.

    En général, dans l’expérience des émotions : tristesse, colère etc.… les émotions négatives sont plus un problème pour nous que les émotions positives : il est rare que quelqu’un se plaigne d’éprouver trop de joie, trop de béatitude, bien que cela puisse arriver. Il serait possible de s’attacher et de s’identifier à de telles expériences et peut-être pourraient-elles devenir un problème. Un problème plus subtil, beaucoup plus difficile à reconnaître que l’identification à la tristesse ou à la colère…

    Cette identification à l’émotion est un empêchement à l’intimité. Elle ne permet pas à l’émotion de terminer son cycle de vie et d’éclore dans quelque chose d’autre : elle rend le processus rigide. L’émotion demeure sans pouvoir terminer sa vie, ni se dissoudre dans une qualité de présence. Pour explorer cet aspect, la somnolence peut être très utile. Si, lorsque l’expérience se produit, je m’y attache :  » je  » suis somnolent,  » je  » suis fatigué … à ce moment, une sorte de solidification de l’expérience de somnolence intervient. C’est comme si tout mon être se résumait à cette somnolence, alors qu’elle n’est qu’une qualité particulière de présence. En elle-même, la somnolence n’a aucune capacité de nuire à la présence, de la transformer en quelque chose d’autre.

    Prenons un exemple. Nous allons voir un étang à l’orée d’un bois. Imaginons que nous soyons en automne. Si nous regardons l’étang, les feuilles de la forêt et les nuages du ciel vont d’abord nous apparaître. Une attention plus précise est nécessaire pour ne pas nous laisser distraire par leurs réflexions à la surface de l’eau, pour percevoir l’étang lui-même. Distraits par la réflexion des feuilles, des arbres, des nuages, nous demeurons dans leur perception, sans nous relier à l’étang. De même manière, dans l’expérience de la somnolence, si nous restons uniquement reliés, fascinés ou ennuyés par cette expérience, il nous est impossible de nous relier à la présence, présence qui se manifeste sous forme de somnolence.

    Regardez la statue dans cette salle, vous ne pouvez pas dire qu’elle ait somnolé toute la matinée. Enfin, je ne le crois pas ! Sans conscience, il ne peut y avoir de somnolence. La somnolence n’est qu’une teinte prise par la présence, sans que celle-ci en soit altérée. Si donc, par la pratique, nous apprenons à rester en intimité avec la présence, sans être fascinés par la forme qu’elle prend – la somnolence dans cet exemple – nous pourrons rester parfaitement présents sans que la somnolence constitue le moins du monde un obstacle. Tout comme nous pourrons voir l’étang, sans avoir besoin de couper la forêt.

    L’exemple de la somnolence nous permet aussi de comprendre comment méditer avec les émotions.

    Lorsqu’il y a de la tristesse, de la colère… si je reste fasciné par la dimension, l’aspect tristesse, colère, il est difficile de développer l’intimité qui va leur permettre d’achever leur vie pour ainsi dire, de passer à autre chose, de débloquer l’énergie contenue dans l’émotion -énergie qui est nécessaire à la présence. En général, face aux émotions, nous adoptons l’une des deux attitudes suivantes :

    La première consiste à s’en tenir à distance, car l’émotion fait mal. L’identification s’effectue non pas avec l’émotion mais avec celui, celle qui se tient à distance. Cela revient à se désolidariser de l’émotion en s’identifiant à une autre partie de soi-même. C’est une sorte d’anesthésie pour éviter de sentir. Évidemment, ce n’est pas le chemin équilibré qu’il est judicieux de suivre dans une voie spirituelle. L’anesthésie nous rend un peu semblable aux plantes ou aux légumes ! Même si, au premier abord, on peut paraître  » cool ou zen « , ce n’est pas du tout la manière de développer la qualité de présence menant à la sagesse ou à la liberté. Donc, cette première attitude consiste à s’identifier au possesseur et à se désolidariser de l’émotion.

    La deuxième attitude, au contraire, consiste à s’identifier à l’émotion : je suis triste, je suis en colère… Cette forme d’identification à le pouvoir de cristalliser toute l’attention, toute l’énergie de la conscience dans le phénomène auquel nous nous identifions : colère, tristesse… par le moyen du concept, de la notion de moi. Nous devenons la colère, la tristesse… Dans cet état, il n’est pas possible de rester sensible, ouvert à la dimension de présence, de conscience qui est la nature ou l’essence de l’émotion. Ainsi, dans ces deux attitudes, l’identification joue en sens contraire. Mais, dans un cas comme dans l’autre, l’équilibre est absent.

    La manière méditative consiste à rester relié à l’émotion : tristesse, colère, jalousie, joie, béatitude… ou toute autre, à travers la qualité de présence qu’elle traduit, présence qui, seule, permet à l’émotion d’exister. Ce faisant, l’émotion perd son pouvoir contraignant. Elle n’a plus d’importance. L’attachement, cette forme particulière de saisie, n’étant plus là, l’émotion peut achever son cycle d’existence et libérer l’énergie de conscience qu’elle avait captée.

    Il n’est pas besoin d’un état d’esprit ingénieux mais de doigté. C’est un travail d’artiste et non d’artisan. Il consiste à ne pas se laisser prendre par les mouvements habituels d’identification à l’émotion ou de distanciation pour l’éviter, mais à rester présent à l’émotion elle-même.

    Cette intimité profonde avec les expériences émotionnelles, sans être captivé par leurs formes ni par leurs manifestations, signifie qu’il n’y a pas d’attachement aux idées, concepts et réactions qui se produisent en nous en relation avec les circonstances, les évènements et les rencontres. Il est alors possible de faire l’expérience méditative dépourvue de tout concept.

    Posons-nous maintenant la question de ce que veut dire, techniquement parlant, développer la sagesse ? Est-ce découvrir quelque chose d’extraordinaire, exprimable en termes poétiques ou que nous allons retrouver dans les discours du Bouddha ? Techniquement, qu’est-ce que cela veut dire ? – quelle que soit la tradition bouddhique selon laquelle nous pratiquions. Il serait sûrement possible de dire : quelle que soit la tradition mystique, mais tenons-nous en aux traditions bouddhiques. Qu’il s’agisse de méditations zen, tibétaine, vipassana ou autres, elles ont certainement quelque chose en commun dans le développement de la sagesse. Cette chose essentielle est l’absence de saisie. C’est très clairement exprimé dans les différentes voies. Évidemment, ayant dit cela, nous allons nous demander : que veut exactement dire  » saisir  » ? On a tout dit et on n’a rien dit. Qu’est-ce que cela veut dire ?

    Cela permet de comprendre pourquoi l’expérience méditative, lorsqu’elle dépasse le niveau conceptuel, ne peut être exprimée en mots, puisque les mots, les concepts sont le propre de la saisie. Vouloir rendre compte d’une expérience méditative de liberté à l’aide de concepts, voudrait dire utiliser le propre du monde de la saisie pour exprimer ce qui est au-delà de toute saisie. C’est incompatible. Seuls les poètes, les mystiques, habiles dans l’emploi d’un langage qui se contredit, qui bafouent les règles du langage, vont tenter d’exprimer l’inexprimable par des mots. Mais, avec un usage ordinaire du langage, il n’est pas possible de décrire l’expérience méditative qui est au-delà du concept.

    Tout le sens de notre méditation revient donc, techniquement, à ne pas saisir – ce qui veut aussi dire ne pas conceptualiser. Dans la concentration il y a une saisie. Pour se concentrer, il faut saisir quelque chose, à l’exclusion de toute autre chose. Ce qui est saisi sera utile, mais devra en fin de compte être également dépassé. La concentration ne peut jamais mener à la liberté, puisqu’elle cultive une saisie particulière.

La sagesse – Charles Genoud

http://www.vipassana.fr/Textes/CharlesGenoud_4LaSagesse.htm

 

                            Quelque chose


À la recherche de l’indéfinissable, de l’impensable,

du temps présent…du passé et du futur….

On cherche toujours quelque chose….

Pensées du Dalaï – Lama